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paysageologie psychogéographique de la schizosphère postmoderne: 2ème partie
Ceaq

Raphaël JOSSET

Paysageologie psychogéographique de la schizosphère postmoderne (2ème partie)
playdoyer pour une "psychotopologie du quotidien"





La psychogéographie et la conception avant-gardiste de l’espace urbain chez les situationnistes fut donc indissociable des « vagabondages initiatiques » induits par un art de la dérive expérimentale, qui fut aussi un art de vivre semi-nomade et ludique, fait de déterritorialisation en suivant des flux de force, et de reterritorialisation sur des ambiances multiples.
En effet pour G. Debord, « entre les divers procédés situationnistes, la dérive se définit comme une technique du passage hâtif à travers des ambiances variées. Le concept de dérive est indissolublement lié à la reconnaissance d’effets de nature psychogéographique, et à l’affirmation d’un comportement ludique-constructif.» (34)
Ainsi, les personnes pratiquant la dérive doivent renoncer aux raisons de se déplacer et d’agir qu’elles connaissent habituellement pour se laisser-aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent, faisant ainsi jouer la part de hasard et d’aléatoire dans le déterminisme chaotique de la matrice urbaine.
Car « il existe un relief psychogéographique des villes, avec des courants constants, des points fixes, et des tourbillons qui rendent l’accès ou la sortie de certaines zones fort mal aisé.» (35)
Par conséquent, étant donné l’action dominante des centres d’attraction qui doivent être analysés, « le terrain passionnel objectif où se meut la dérive doit être défini en même temps selon son propre déterminisme et selon ses rapports avec la morphologie sociale.» (36)
En fin de compte, « les enseignements de la dérive permettent d’établir les premiers relevés des articulations psychogéographiques d’une cité moderne. Au delà de la reconnaissance d’unités d’ambiances, de leurs composantes principales et de leur localisation spatiale, on perçoit les axes principaux de passage, leurs sorties et leurs défenses. On en vient à l’hypothèse centrale de l’existence de plaques tournantes psychogéographiques. (…) On peut dresser à l’aide de vieilles cartes, de vues photographiques aériennes et de dérives expérimentales une cartographie influentielle.. » (37)
« courants constants », « points fixes », « tourbillons », « centres d’attraction », « unités d’ambiance », « articulations », « axes », « plaques tournantes », « cartographie influentielle », tels sont donc les objets de la dérive et de sa pensée psychogéographique qui, par ailleurs, privilégie et préconise la forme labyrinthique nous renvoyant ainsi à l’hypertexture rhizomatique du « réseau des réseaux » qu’est la réalité sociale.
G. Debord, précise que « le sentiment de la dérive se rattache naturellement à une façon plus générale de prendre la vie » et que « les difficultés de la dérive sont celles de la liberté » .
Ce qui en fait également, selon nous, une « machine de guerre nomade» contre les structures classiques et figées de la pensée rationaliste, fonctionnaliste, cartésienne, etc., à partir d’une réflexion sur l’architecture et l’urbanisme que nous étendrons pour notre part à l’architectonique sociétale.
En l’occurrence ici à l’architecture schizosphérique et fractale du Réseau-monde contemporain définissant la morphologie sociale caractéristique du paradigme esthétique postmoderne.
Par ailleurs tel que le précisait Guy Debord, « la psychogéographie est la part du jeu dans l’urbanisme actuel. À travers cette appréhension ludique du milieu urbain, nous développerons les perspectives de la construction ininterrompue du futur. La psychogéographie est, si l’on veut, une sorte de « science-fiction », mais science-fiction d’un morceau de la vie immédiate, et dont toutes les propositions sont destinées à une application pratique, directement pour nous. Nous souhaitons donc que des entreprises de science-fiction de cette nature mettent en question tous les aspects de la vie, les placent dans un champ expérimental.» (38)
La dérive psychogéographique et son laisser-aller intuitif, impliquant un certain rapport au Destin et à la fatale beauté tragique de son déterminisme chaotique, peut donc venir compléter les fondements du « système de navigation » mentale proche d’une pensée sauvage, rhizomatique et connexionniste permettant de pister et de traquer les « signes » comme autant de données et informations.
En somme un « moteur de recherche » permettant d’établir une cartographie influentielle des « itinéraires mythiques », des flux, des courants constants, des points fixes, des tourbillons, des centres d’attraction et autres plaques tournantes dans une matrice de sites aux connexions partiellement préétablies afin d’engager une exploration de la schizosphère labyrinthique, des réseaux sociaux à l’hypertexture fractale, et ainsi de repérer les thématiques récurrentes, les événements, les nœuds d’informations et leurs configurations spécifiques modélisant les structures narratives de méta-récits relatifs à l’esprit du temps et aux tendances émergentes des mondes contemporains.
« ..les différents systèmes fragmentaires sont combinés et liés tout en restant identifiables, ils donnent la possibilité de créer, à travers les possibles parcours, un scénario tel un lecteur dans un hypertexte (…) qui introduit différentes relations entre les fragments. Ces variations dans les relations engendrent l’apparition de l’accident, l’imprévisible, l’inattendu… comme paramètre déterminant de l’hypertexte, capable d’intégrer l’événement dans sa forme interactive. Par conséquent le passage du texte à l’hypertexte est la transformation d’une écriture séquentielle – d’une structure articulée en une écriture événementielle.
Le texte devient un jeu établissant des paramètres stables et instables entre ordre et désordre.. »
C’est ainsi que « la création et la suite d’ambiances transforment l’axe d’une organisation linéaire séquentielle en une texture événementielle » (40)


Vision nodale

Dans le même ordre d’idée on pourra encore faire appel à la littérature, c’est-à-dire à « la fiction comme laboratoire anthropologique expérimental » (40), et notamment à l’imaginaire visionnaire et prospectif des auteurs de romans noirs et d’anticipation.
Deux genres issus de la rencontre du roman gothique fantastique de la fin du 18ème siècle et de la Révolution Industrielle et qui, selon Maurice G. Dantec, dans l’explosion techno-scientifique de la seconde moitié du 19ème siècle, « naissent au point de congruence entre la révolte romantique et le désir de puissance technique, ils en sont l’expression la plus pure, disons la plus hybride. Cette explosion, comparable à celle que nous vivons à bien des égards, a permis à la littérature de s’affranchir une bonne fois pour toutes des limites dans lesquelles la morale formelle bourgeoise, ou son homologue naturaliste prolétarienne entendaient les clôturer.» (41)
Et ainsi, « en laissant copuler gaiement science et fantasme, technique et désir », les pionniers ont inventé sans le savoir les principales lignes de force du 20ème siècle.
De même pour cet auteur, l’explosion technoscientifique des cinquante dernières années semble être l’événement historique qui aurait été le plus escamoté par la littérature française de la même période, ce qui correspondrait bien à l’auto-amnésie à laquelle toute cette nation se serait livrée depuis 1945.
“Evénement” ne traduit d’ailleurs pas précisément la véritable nature du phénomène, car il s’agit en fait d’une “tendance”, d’un “destin”, d’une “fatalité”, si vous préférez, bref de l’expression la plus crue du chaos déterministe..
(..) Or précisément le roman noir et le roman de “science fiction” sont les deux genres qui se sont le plus intéressés aux terribles dialectiques qui marient l’humanité avec sa destinée, c’est-à-dire aux efforts pathétiques déployés par les individus pour combattre cette pression de la flèche du temps, tout autant que pour l’accélérer, ou la mettre à leur service.» (42)
Ainsi William Gibson, par exemple – chef de file du courant « cyberpunk » en littérature et dont les romans se situent toujours dans un futur proche extrapolant les tendances contemporaines postmodernes – développe une approche des mutations anthropologiques et sociétales qui sous-tend une philosophie de l’histoire originale et séduisante, mais aussi et surtout, tout à fait pertinente selon nous, car liée à l’avènement de la société de l’information, du cyberespace virtuel et du multimédia et correspondant à la mise en œuvre d’une pensée sauvage, intuitive, connexionniste, réticulaire et multidimensionnelle.
Une vision de l’histoire qu’il met en scène dans ses romans Idoru et Tomorrow’s parties , où le personnage de Colin Laney incarne un « analyste quantitatif », investigateur spécialiste de la réalité virtuelle, dont la particularité est de posséder « un don pour les constructions de bases de données, et un défaut de concentration cliniquement diagnostiqué, qu’il pouvait commuter dans certaines circonstances en un état pathologique d’hyperconcentration. Ce qui faisait de lui un excellent chercheur…. Les données pertinentes (…) consistaient dans le simple fait qu’il disposait d’une intuition parfaite pour la pêche aux modèles d’information : la sorte de signature qu’un individu appose par inadvertance sur le Net pendant qu’il ou elle vaque à ses occupations dans le monde à la fois trivial et infiniment multiplex de la société digitale. Le défaut de concentration de Laney, trop infime pour être même repéré par certaines machines, faisait de lui un zappeur naturel, capable de se déplacer d’un programme à un autre, d’une banque de données à une autre, d’une plate-forme à une autre, de façon, disons, totalement intuitive.(…) Laney était l’équivalent d’un rhabdomancien, une sorte de sourcier sorcier de la cybernétique.
(…) Il avait rejoint Slitscan après avoir quitté DatAmerica, où il avait été chercheur sur un projet de code nommé TIDAL. (…) Il avait passé son temps à filtrer des flots de données indifférenciées, à la recherche des « points nodaux » qu’une équipe de scientifique français – tous fanas de tennis – lui avait appris à reconnaître, et pas un d’entre eux ne s’était préoccupé d’expliquer à Laney ce qu’étaient ces points nodaux.» (43)
Toujours est-il que Colin Laney développe une intelligence particulière des « points nodaux », et autres informations clés, suite au conditionnement de sa vision par l’expérimentation sur la population-cobaye de l’orphelinat de son enfance d’une substance nouvelle et secrète dénommée « 5-SB ».
En vieillissant, il développe le syndrome dit « du traqueur », une véritable obsession à tel point que « la progression de Laney à travers toutes les données du monde (ou cette progression de données à travers lui) est depuis longtemps devenue non pas ce qu'il fait mais bien plutôt ce qu'il est. Le trou, ce vide au coeur de son être, cesse de le troubler. Il est un homme porteur d'une mission, bien qu'il s'avoue volontiers ignorer la nature de cette mission.» (44)
Les « points nodaux » sont comme des concrétions, des nœuds d’informations convergentes, on pourrait dire des « attracteurs étranges » (45) formées à partir du chaos déterministe des flots de données générées au quotidien par les existences de tout un chacun et mettant en évidence des combinaisons aléatoires de facteurs, des concours complexes de circonstances, des constructions plus ou moins « hasardeuse » de situations illustrant la génétique d’événements en gestation et concernant aussi bien les destinées individuelles que collectives, s’entrecroisant dans une mystérieuse alchimie.
« Oui, Harwood l'intéressait, et pour une bonne raison; son intelligence des points nodaux, ces points à partir desquels se dessinait un changement, ramenait de façon répétée Harwood à son attention. Ce n'était pas tant le fait de se concentrer sur le personnage mais bien plutôt le constat que les choses s'orientaient vers Harwood, de façon gentiment inéluctable, comme l'aiguille d'une boussole marque invariablement le nord magnétique.» (46)
C’est ainsi qu’il intègre une vision de l’histoire faite de l’interprétation de la configuration spécifique, c’est-à-dire de l’agencement dans une sorte de géométrie fractale de la forme prise par les « points nodaux » comme multiplicités interconnectées dans les nuages de données accessibles par l’infosphère du Net et autres réseaux numériques.
« Mais en passant un peu plus de temps à parcourir les aspects du flot concernant Harwood et les activités de son entreprise, Harwood Levine, il lui avait paru évident qu'il y avait là un lieu géométrique de points nodaux, une espèce de métanode, et qu'il se passait là quelque chose de très gros, bien qu'il fût incapable de préciser son intuition. Son étude compulsive de Harwood et des choses harwoodiennes l'avait amené à reconnaître que l'histoire aussi était sujette à la vision nodale, et l'idée qu'il se faisait maintenant de celle-là avait peu, voire pas du tout, de relation avec celle généralement admise.
(…) Mais l'histoire que Laney avait découverte à travers les caprices de sa vision conditionnée par les prises répétées de 5-SB, était une chose radicalement différente. Elle était la forme composée de chaque récit, chaque version; elle était cette chose que lui seul (à sa connaissance, en tout cas) pouvait voir.
Au début, il avait été tenté de partager sa découverte avec l'idoru. Peut-être s'il lui montrait, cette entité post-humaine émergente qu'elle représentait pourrait-elle partager avec lui la même vision. Et il avait été déçu quand elle lui avait finalement avoué ne pas voir ce qu'il voyait; que cette capacité qu'il avait de saisir les points nodaux, ces systèmes émergents de l'histoire, lui était, à elle, étrangère, et le resterait probablement même quand elle aurait encore évolué.» (47)
Ce sont donc également ces « points nodaux », ces systèmes émergents de l’histoire que nous nous attacherons à détecter tel un rhabdomancien.
Les points nodaux comme « nœuds d’informations » et « multiplicités interconnectées » sont comme des carrefours stratégiques, des gares de triage, des zones charnières et des tourbillons ou encore ces « trous noirs » et « supernovae » de la galaxie vers lesquels le cours des choses tend et ramène inexorablement.
Ils renvoient aussi aux « centres d’attraction » ou aux « plaques tournantes psychogéographique » de la dérive situationniste.
Les flots de données et informations y convergent à la manière des eaux ruisselantes du réseau de rivières d’un bassin hydrographique.
Transposés au corps social ils ont quelque chose des « points vitaux » formés par le Qi, cette force vitale en mouvement de la médecine et de la tradition taoïste chinoise.
Ce sont les « signes » de la démarche herméneutique, les « connexions » neuronales du cerveau planétaire et de sa pensée sauvage mais aussi les « correspondances » baudelairiennes :

« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observe avec des regards familiers

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.» (48)

Ce sont donc des événements, des ambiances, des références et des thématiques récurrentes rencontrées au cours de multiples déambulations et pérégrinations quotidiennes puis de dérives exploratoires et de vagabondages impliquant un mode de navigation mentale en état de conscience défocalisée dans « les mailles du réseau » (49) au coeur de l’hypertexture schizosphérique de la société de l’information.
Evénements, ambiances, discussions, correspondances, messageries, entretiens, bibliothèques, librairies, bouquinistes, presse, radio, télévision, cyberespace, etc., se répondent et entrent en résonance « comme de longs échos qui de loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité » pour former l’infosphère schizo-matricielle, cette « forêt de symboles » et de « paroles confuses » au « regard familier » qui est l’environnement « naturel » et quotidien où émergent les nébuleuses et constellations de points nodaux.


Pour une « psychotopologie du quotidien »

On a pu parler de « rhabdomancien, sourcier sorcier de la cybernétique » à propos de la vision nodale et des qualités intuitives du personnage de Colin Laney dans les romans de William Gibson.
De même Hakim Bey dans son essai sur les « zones autonomes temporaires » – que l’on considérera d’ailleurs comme le texte archétypal, le type-idéal voire le « manifeste » de l’underground postmoderne – évoque l’idée méthodologique d’une « psychotopologie du quotidien » qu’il définit métaphoriquement comme « l’art du sourcier des Tazs potentielles.» (50)
La « psychotopologie du quotidien » n’est, bien-sûr, pas sans rappeler la « psychogéographie » situationniste et sa dérive urbaine expérimentale, mais aussi cet aspect topologique des cartes mentales aborigènes et ses itinéraires mythiques ainsi que la « cartographie schizo-analytique » qui dans leur diversité recouperaient un aspect universel de la pensée, par son côté sauvage et non domestiqué par le rationalisme de la Modernité.
« Ici, nous devrions introduire la notion de psychotopologie (et topographie) comme « science » alternative à celle de la surveillance et à la mise en carte étatique, à son « impérialisme psychique ». Seule la psychotopographie peut produire des cartes 1 :1 de la réalité, car seul l’esprit humain maîtrise la complexité nécessaire à sa modélisation. Mais une carte 1 :1, virtuellement identique au territoire, ne peut pas contrôler celui-ci. Elle ne peut que suggérer, au sens d’indiquer, certaines de ses caractéristiques. Nous recherchons des « espaces » (géographiques, sociaux-culturels, imaginaires) capables de s’épanouir en zones autonomes – et des espaces-temps durant lesquels ces zones sont relativement ouvertes, soit du fait de la négligence de l’Etat, soit qu’elles aient échappé aux arpenteurs ou pour quelqu’autre raison encore.» (51)
La « psychotopologie du quotidien » comme pratique ludique-constructive, flaire la maturité des événements et entre résonance avec le « génie du lieu » et « l’esprit du temps ».
Elle implique notamment le concept de « nomadisme psychique » comme « machine de guerre » fondée sur « une vision du monde post-idéologique, multiperspectives capable de se déplacer « sans racine » (…) en traçant sa route grâce à d’étranges étoiles qui pourraient être des amas lumineux de données dans le Cyberespace ou peut-être des hallucinations.» (52)
Soit dit en passant, cette mise en parallèle des notions d’ « hallucination » et d’« amas lumineux de données dans le cyberespace » comme « étranges étoiles » jouant le rôle de « signes » et autres indicateurs directionnels, nous replace évidemment dans l’optique chamanique et son état de conscience défocalisée où les hallucinations et même les rêves semblent pouvoir constituer une source d’informations, de savoir et de connaissances.
Outre le fait que pour W. Gibson dans Neuromancien, la matrice du cyberespace est une « hallucination consensuelle », J. Narby montre donc que le mode hallucinatoire, notamment sous l’effet de l’ayahuasca, a quelque chose de l’immersion dans une réalité virtuelle noosphérique supportée par un réseau planétaire.
Ainsi, les Amérindiens d’Amazonie en contact avec la société englobante et ayant eu des expériences avec l’hayahuasca comparent souvent, semble-t-il, cette substance hallucinogène à la « télévision de la forêt » et les effets de son ingestion avec le fait de visionner des films.
De plus, « les hayahuasqueros affirmaient que les images sonores hautement sophistiquées qu’ils voyaient et entendaient dans leurs hallucinations étaient interactives, et qu’il était possible de dialoguer avec elles.» (53)
Pour Bertrand Hell, la grande adaptabilité du chamanisme au changement – perceptible dans la plasticité des représentations de l’invisible et le pragmatisme des rites lui ayant permis parfois de se fondre dans les grandes religions dominantes comme le bouddhisme en Mongolie et en Asie du Sud-Est, le christianisme en Amérique du Sud ou l’islam en Asie centrale – montre surtout la formidable vitalité de la pensée sauvage qui « reste une manière essentielle de penser un monde dont ni la science ni la modernité n’arrivent à gommer la dimension aléatoire.» (54)
Et c’est justement parce qu’il est étroitement associé à l’aléatoire et à la transgression que le chamanisme n’a jamais donné naissance à une Eglise, car fixer des canons serait contraire aux idées d’un désordre récurrent et d’un inconnu toujours prêt à se manifester.
Des idées aujourd’hui corroborées par les nouvelles sciences de la complexité, des systèmes dynamiques, de la fractalité, en somme par « la théorie du chaos déterministe », véritable « révolution copernicienne » bouleversant le paradigme rationaliste cartésien.
Comme le mentionne d’ailleurs B. Hell, pour tout rationaliste inspiré par les Lumières, le chamanisme n’est « que « fumisterie », selon l’expression de Johann Georq Gmelin, savant allemand du 18ème siècle confronté à un rituel toungouse. Et c’est au nom de la même raison, d’Etat ou d’Eglise, peu importe, que se mèneront les combats contre l’obscurantisme. Non seulement l’idéologie positiviste niera l’existence des savoirs indigènes, mais elle entreprendra contre eux de véritables campagnes d’éradication par la violence.» (55)
Ce qui explique aussi la « fascination qu’exerce le chamanisme extatique dans certains milieux de la contre-culture occidentale depuis les années 1960.» (56)

Il faudrait ici encore se référer à « l’anarchisme épistémologique » de Paul Feyerabend et à son « dadaïsme désinvolte ».
Cet épistémologue, ancien élève de Karl Popper, démontre magnifiquement, notamment dans Adieu la Raison et Contre la méthode, que les « Lois de la Raison » soumettent la pratique scientifique à des règles strictes et immuables qui tendent à simplifier et uniformiser en définissant des domaines de recherche séparés auxquels on attribuera une « logique » propre qui conditionnera le chercheur.
Il s’agit donc d’ « inhiber les intuitions qui pourraient conduire à un estompage des frontières.(…) Son imagination est entravée, et même son langage cesse de lui appartenir.» (57)
Or, le monde que nous voulons explorer étant largement inconnu, « nous devons donc rester ouverts à toutes les options, sans nous limiter à l’avance. (…) Les efforts pour découvrir les secrets de la nature et de l’homme entraînent donc le rejet de tout principe universel et de toute tradition rigide.» (58)
L’histoire des sciences montre, en effet, qu’il n’y a pas une seule règle, aussi évidente, plausible et solidement fondée sur le plan épistémologique soit-elle, qui n’ait été transgressée, et pour le plus grand bien du progrès de la connaissance.
« L’idée d’une méthode basée sur des principes rigides et immuables auxquels il faudrait absolument se soumettre pour la conduite des affaires de la science rencontre des difficultés considérables lorsqu’elle se trouve confrontée avec les résultats de la recherche historique. (…) En réalité, des événements et développements tels que l’invention de l’atomisme dans l’Antiquité, la révolution copernicienne, l’avènement de l’atomisme moderne (théorie cinétique, théorie de la dispersion, stéréo-chimie, théorie des quanta), la naissance progressive de la théorie ondulatoire de la lumière n’ont pu se produire que parce que quelques penseurs ont décidé de ne pas se laisser emprisonner par certaines règles méthodologiques « évidentes », ou bien parce qu’ils les ont transgressées involontairement. Cette idée est l’un des acquis majeurs des récentes discussions sur l’histoire et la philosophie des sciences.» (59)
Quoi qu’il en soit, nous souscrirons ici aux principes posés par P. Feyerabend lorsqu’il affirme qu’il est clair que « l’idée d’une méthode fixe, ou d’une théorie fixe de la rationalité, repose sur une conception trop naïve de l’homme et de son environnement social. Pour ceux qui considèrent la richesse des éléments fournis par l’histoire et qui ne s’efforcent pas de l’appauvrir pour satisfaire leurs bas instincts – leur soif de sécurité intellectuelle, sous forme de clarté, précision, « objectivité », « vérité » – pour ceux-là, il devient clair qu’il y a un seul principe à défendre en toutes circonstances et à tous les stades du développement humain. C’est le principe : tout est bon.» (60)

Et c’est en accord avec ce principe que l’on pratiquera, comme le préconise Hervé Fischer, un « néo-romantisme critique » face à la naïveté du rationalisme prométhéen (ou plutôt apollinien) et son prosélytisme technoscientifique, progressiste et productiviste, fondé sur une volonté de domination de la Nature.
A l’instar des « artistes-chercheurs » faisant fi des divers conformismes de pensée et des valeurs morales du bourgeoisisme, nous naviguerons à l’instinct dans notre exploration innovatrice de valeurs alternatives, de modèles inédits de relations humaines, de communications, de logiques associatives et de conceptions audacieuses de l’espace et du temps.
« La réflexion actuelle sur l’entrée de l’humanité dans l’âge du numérique, le questionnement sur ce que pourrait être le posthumanisme face aux défis des manipulations génétiques, de l’intelligence et de la vie artificielles, d’une démocratie électronique, et aux audaces de la technoscience nous conduisent à repenser notre cosmologie. Et c’est là tout un défi pour les artistes contemporains, invités à élaborer une nouvelle esthétique du temps et de l’événementiel, une nouvelle image du monde et de son simulacre numérique.» (61)

Quoiqu’il en soit, ce dont il s’agit ici c’est bien d’une socio-anthropologie compréhensive qui adopte une « méthode de recherche intuitive » et que l’on résumera sous la notion de « psychotopologie du quotidien ».
Il s’agit donc d’un « système de navigation » mentale et d’un « moteur de recherche » perçu comme une variation de la démarche herméneutique et phénoménologique se revendiquant de l’« anarchisme épistémologique », du « dadaïsme désinvolte » et du « néo-romantisme critique » comme « machine de guerre nomade » contre le rationalisme cartésien.
Elle se fonde sur un état de conscience défocalisée, un nomadisme psychique expérimentant une dérive psychogéographique de la pensée, sur le mode sauvage, réticulaire et multidimensionnel, dans l’infosphère schizo-matricielle et rhizomatique de l’hypertexture sociétale afin d’opérer un repérage des « points nodaux », des « formes » et autres « signes » de mutations socio-anthropologiques, en flairant la maturité des événements et en suivant les lignes de fuite et de rupture, les « flux de force » et les « points de puissance » créés par les flots d’informations pour établir une « anti-généalogie » et/ou une cartographie cognitive influentielle déterminant les configurations sociales et systèmes émergents de l’histoire, et par conséquent les « scénarios du futur » qui découlent potentiellement de ces tendances émanant de la Puissance souterraine dans l’actuel et le quotidien.


Prospection, prospective et anticipation

C’est bien la mise en œuvre intuitive et largement inconsciente de cette pensée nomade qui nous a permis d’explorer cette « métanode » qu’est la notion de « Schizosphère », entendue comme paysage mental en devenir, vision du réseau-monde, actualisation de nouveaux paradigmes esthétiques à l’heure de la société digitale, des technologies rhizomatiques de communication électronique, et du multimédia.
Autant dire à l’ère de la « génération numérique » et technoïde de nos années « ground zéro » contextualisée par une déferlante nihiliste et marquée par une géopolitique du chaos : globalisation du capitalisme post-industriel de troisième type, tribalisation micro-locale, prolifération fractale de machines de guerre nomades, réseaux mafieux, conflits ethniques, fanatismes religieux, terrorisme métapolitique, guérilla et contre-guérilla hi-tech, virus et bombes informatiques, menaces bactériologiques, etc..
Tout un univers fascinant et angoissant de l’ombre, du secret, de la conspiration – des antichambres du pouvoir et des agences de renseignements aux organisations clandestines – théâtre des opérations de cette étrange « part du diable », ce côté obscur, ce démon intérieur, en somme le principe du « mal » comme « centralité souterraine », expression occulte de la tendance lourde de l’espèce humaine à renouer avec son animalité prédatrice. Volonté de puissance destructrice/créatrice. Explosif retour, pour le meilleur et pour le pire, d’une nature refoulée. Effet pervers d’une dénégation des forces vitales, des sentiments, des instincts, des passions, des émotions, des affects.
Renaissance de la « Tragédie », épanouissement des « fleurs du mal » :

« Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes
Dans nos cerveaux ribotes un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encor brodé de leur plaisants dessins,
Le canevas banal de nos piteux destins,
C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie » (62)

Ce contexte événementiel alimente les nouveaux paradigmes esthétiques qui modélisent les structures narratives de méta-récits relatifs à « l’esprit du temps » et à son imaginaire apocalyptique de la décadence, du déclin, de la chute, de la saturation, de la catastrophe comme point final et comme préliminaire.
Les arts contemporains, la poésie, la littérature, la BD, le cinéma et la « pop culture » en général reflètent souvent cet « esprit du temps », sa texture événementielle, ses valeurs et son imaginaire fait d’archétypes ressurgissant des profondeurs noires de l’inconscient collectif.
C’est d’ailleurs la saisie de ces archétypes et leurs transpositions qui peut faire le succès de tel ou tel scénario.
Outre le cinéma et la littérature, on pourrait là aussi faire référence au « situationnisme » des jeux vidéo opérant des interactions de plus en plus efficace entre le réel, l’actuel et le virtuel.
(Cf. Splinter cell, Rainbow six, Ghost recon, Conflict desert storm, etc.)
Mais il arrive aussi que les artistes contemporains recherchent des paradigmes fondateurs et des esthétiques nouvelles reposant sur des métaphysiques prédatrices inexplorées transfigurant radicalement les valeurs en jeu et les formes plastiques, dominantes mais décadentes, car la plus grande œuvre que puisse envisager un artiste, l’œuvre totale, serait de fonder une civilisation.
Ce qui fait bien écho à l’enjeu épistémologique mis en avant par la démarche prospective des différentes avant-gardes contre-culturelles de l’underground pratiquant en quelque sorte un « nihilisme actif » destiné à provoquer un ouragan qui métamorphosera le morne désert des cultures épuisées pour reprendre la formule de Nietzsche à propos du « dionysisme » et de sa lucide conception salutaire d’une profondeur tragique de l’existence.
On retrouve quelque chose de similaire, quoique inversée, dans 32 décembre la dernière BD futuriste d’Enki Bilal, avec « l’art du mal absolu » (absolute evil art) d’optus warhole alias Jefferson Holeraw, leader machiavélique et tyrannique d’Obscurantis Order, une organisation terroriste sectaire prônant un intégrisme monothéiste absolu.

Par ailleurs, on le sait, il y a des interconnections entre l’art contemporain, l’architecture et l’urbanisme qui recherchent et développent les paysages psycho-sensoriels et les environnements matriciels de nos vies quotidiennes.
Ainsi, au cours de nos diverses déambulations dans l’infosphère multimédia du réseau-monde à la recherche des « points nodaux » on a pu, par exemple, repérer le projet « liquid axis », primé en 1997 dans le cadre du concours international de la capitale culturelle Thessaloniki et élaboré à l’aide d’Internet en collaboration avec l’architecte autrichien Siegfried Peichler.
Ce projet interroge les mutations formelles induites par l’avènement des nouvelles technologies de communication et son architecture de l’information non-linéaire en proposant la vision d’une hypertexture rhizomatique étendue à l’espace urbain.
« Le rapprochement entre des modes de communication (l’hypertexte) et des modèles spatiaux (la ville) questionne ainsi la mutation structurelle et sémantique de notre environnement. La comparaison de l’hypertexte comme support polysémique de fragments dispersés et interconnectés, à des structures spatiales et sociales de la ville, nous permet de réfléchir aux possibles implications spatiales des nouvelles technologies de l’information. L’extrapolation des concepts de l’hypertexte permet de concevoir de nouveaux concepts urbains, basés sur une nouvelle compréhension de la ville, de sa cohérence et de sa signification.
Le projet " Liquid axis " met préalablement en question la structure urbaine, le médium, la ville dans sa métastructure. Le passage du texte à l’hypertexte, comme mutation d’un modèle figé en une structure ouverte et fluide, est associé dans le projet au changement de la ville, d’une structure fixe à une situation liquide – système.» (63)
Mais c’est aussi « New Babylon » de Constant l’ex-situationniste, architecte et artiste hollandais qui déclarait dans les années 60 que nous étions en train de devenir nomades. « New Babylon » comme le rappelle Marie-Ange Brayer est l’imagination de « la première ville globale où le déplacement des individus entraîne la transformation de l’architecture. « New Babylon » n’est qu’une carte, un espace vectorisé par les déplacements. En cela, Constant perpétue les préceptes des « situations urbaines mouvantes » défendues par Debord et les situationnistes.» (64)
C’est une structure dynamique en continuelle transformation privilégiant les formes labyrinthiques et suspendues et où le facteur temps, la quatrième dimension, joue un rôle considérable.
Marie-Ange Brayer – responsable du Fonds Régional d’Art Contemporain du Centre et commissaire de l’exposition Archilab à Orléans – dans sa réflexion autour de la notion de « cartes » en architecture nous livre un ensemble de concepts, de projets et de réalisations innovatrices et prospectives constituant elle-même une ébauche de cartographie typologique des paysages générés par de telles œuvres tentant de répondre aux défis des mutations contemporaines.
« le monde digital s’enroule et se déroule, se plie et se distord. La mutation des paradigmes s’est effectuée au profit des systèmes dynamiques et processuels, de la générativité de la forme, d’un univers complexe de synapses. (..) A l’objet architectural clos sur lui-même, se sont substituées de nouvelles géométries fractales, qui mettent en connexion le local avec le global, revendiquent les irrégularités et les singularités (..). Connexion, mouvance, coexistence de dimensions multiples, les hétérogénéités vivent en syntonie dans cet univers machinique. (..) L’architecte qui entend s’emparer de cette complexité, - culturelle, sociale, politique, territoriale, digitale -, se voit d’emblée confronté à un monde instable, fluctuant, troué d’infiltrations de toutes sortes, tissés d’élasticité, traversé de flux et de reflux, d’analogies et de variations, tout à la fois différentiel et homothétique.» (65)
Ainsi Mari-Ange Brayer relève des paysages artificiels, de dérivation, fractals, sémantiques et cinématiques respectivement par étagements, soulèvements, plissements, déploiements, mouvements pour conclure que la carte est un rhizome à entrées multiples, une fonction de médiation entre le champ cognitif et un domaine intertextuel. Elle insuffle à l’architecture un mouvement virtuel implicite, elle est elle-même devenue un flux.

Il faudrait pour finir montrer comment ce réseau de paysages virtuels entrent en résonance avec l’imaginaire visionnaire des auteurs de romans d’anticipation.
Considérant la fiction comme le laboratoire de l’avenir, la littérature produisant le monde et non l’inverse, elle ferait de nous des « témoins du futurs » comme l’affirme l’écrivain Maurice G. Dantec.
Ce dernier dans son roman Villa Vortex (66), à travers la chronique de la mort annoncée des démocraties européennes narre notamment la désintégration de la « polis » dans la Ville-Monde qui devient la figure même de l’urbanisme du futur : un biotope réticulaire formé par le chaos hyperurbain.
Enfin, dans le même ordre d’idée et pour conclure cette « paysageologie psychogéographique de la Schizosphère postmoderne », un exemple des plus intéressant serait peut-être celui de « la Cité fortifiée » que l’on trouve encore une fois dans les romans de William Gibson, Idoru et Tomorrow’s parties.
Il s’agit d’une zone autonome, une interzone, sorte d’utopie pirate interstitielle en réalité virtuelle recluse dans un recoin fractal du Net et créée par des hackers sur le modèle d’une ville chinoise interlope proche de Hong Kong échappant à toute législation du fait d’un vide juridique en matière de contrôle territorial. « La Cité fortifiée » est donc sa reproduction numérique à partir des données, de l’histoire, des cartes, des photos, etc..
« ..immeuble, biomasse, falaise menaçante, sur un nombre infini de strates, rien d’égal ou de régulier. Mosaïques accumulées au hasard des balcons étroits, milliers de petites fenêtres renvoyant des rectangles de brouillard blanc et plat. En étendant de chaque côté la vision périphérique, et vers le haut, la crête irrégulière de cette façade déchiquetée, la fourrure noire d’un tuyau tordu, des antennes pendant sous un enchevêtrement de câbles. Et au-delà de cette frontière raturée un ciel où des couleurs s’étalaient comme de l’essence sur l’eau.
- Hak Nam, dit-il, derrière elle.
- Qu’est-ce que c’est ?
- « La Cité des ténèbres ». Entre les murailles du monde. » (67)


Raphaël Josset

(34) Guy Debord, “Théorie de la dérive”, op. cit.
(35) idem
(36) idem
(37) idem
(38) Guy-Ernest Debord, Ecologie, psychogéographie et transformation du milieu urbain, Fragment (deux premières pages d’un manuscrit de six pages) [21 mars 1959] http://www.chez.com/debordiana/francais/a_constant.htm
(39) cf. “Hypertexture”, op. cit.
(40) cf. Maurice G. Dantec, “la fiction comme laboratoire anthropologique expérimental”, in Périphériques, op. cit.
(41) idem
(42) idem
(43) William Gibson, Idoru, op. cit.
(44) William Gibson, Tomorrow’s parties, op. cit.
(45) sur les “attracteurs étranges” et la théorie du chaos déterministe voir notamment James Gleick, La théorie du chaos, vers une nouvelle science, ed. Flammarion, 1991.
(46) William Gibson, op. cit.
(47) idem.
(48) Charles Baudelaire, “correspondances”, in Les Fleurs du Mal, Librairie Générale Française, 1972.
(49) Cf. Bruce Sterling, Les mailles du Réseau, ed. Denoël, folio, 1990.
(50) Cf. Hakim Bey, TAZ, Zone Autonome Temporaire, op. cit.
(51) idem
(52) idem.
(53) Jeremy Narby, Le Serpent Cosmique, op. cit.
(54) Bertrand Hell, op.cit.
(55) idem
(56) idem
(57) Paul Feyerabend, Contre la méthode, esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, éd. du Seuil, 1979. et Adieu la raison, éd. du Seuil, 1989.
(58) idem
(59) idem
(60) idem
(61) Hervé Fischer, Le romantisme numérique, éd. Fides, 2002.
(62) C. Baudelaire, “au lecteur” in Les fleurs du mal, op. cit.
(63) Hypertexture, op. cit.
(64) Marie-Ange Brayer, Cartes, http://www.archilab.org/public/2000/catalog/brayerfr.htm
(65) idem
(66) Maurice G. Dantec, Villa Vortex, Gallimard, coll. La Noire, 2003.
(67) William Gibson, Idoru, op. cit.
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