ARTICLES DU GRETECH
Paysageologie psychogéographique de la schizosphère postmoderne: 1ère partie
Ceaq

Raphaël JOSSET

PAYSAGEOLOGIE PSYCHOGEOGRAPHIQUE DE LA « SCHIZOSPHERE » POSTMODERNE (1ère partie)
Plaidoyer pour une « psychotopologie du quotidien »


« La psychogéographie est, si l’on veut, une sorte de « science-fiction », mais science-fiction d’un morceau de la vie immédiate, et dont toutes les propositions sont destinées à une application pratique, directement pour nous. »
Guy E. Debord




Neuroprogrammes linguistiques, esthétiques et métaphysiques

J’ai intitulé cette intervention « paysageologie psychogéographique de la schizosphère postmoderne ».
Cette distribution en rafale de néologismes « barbares » semblera sûrement bizarre, étrange pour ne pas dire étrangère voire carrément excentrique bien que nous ne soyons pas habitué ici au conformisme de la pensée, c’est-à-dire du Logos et donc du Verbe.
Un Verbe incarné dans la langue qui, soit dit en passant, est évidemment, selon nous, un neuro-programme en perpétuelle évolution arborescente ou plutôt en incessante expansion rhizomatique selon un processus mutant de destruction/création, un "work in progress" en quelque sorte, engendré par un cerveau paradoxal, c’est-à-dire un réseau neuronal à haute densité fractale fonctionnant selon les lois cosmiques du chaos déterministe.
Par ailleurs, on peut considérer métaphoriquement que son apprentissage est analogue au téléchargement et à l'installation d'un logiciel dans nos « neuromatrices cérébrales».
On rejoint donc là quelques considérations propre à l’imaginaire de la cyberculture faisant du cerveau un système de traitement de l’information d’une extrême complexité chaotique tandis que l’ordinateur est parfois perçu comme un cerveau cybernétique en gestation, une Intelligence Artificielle en devenir.
On le sait, cette approche s’inspire des travaux des précurseurs de l’informatique moderne comme les mathématiciens Alan Turing, John von Neumann ainsi que le père de la cybernétique Norbert Wiener.
Leurs découvertes et hypothèses sont aujourd’hui au centre des recherches des sciences cognitives, des réseaux de neurones formels aux études de neurophysiologie, qui tentent de décrypter le fonctionnement du cerveau.
C’est ainsi par exemple que dans son étude "L’ordinateur et le cerveau" (1) , John von Neumann émets l’hypothèse que le cerveau traite les informations qu’il reçoit du monde extérieur dans un langage naturel encore inconnu.
Ce langage naturel n’est bien sûr pas sans rappeler cette « substance linguistique codée génétiquement » qu’est l’ADN, cristal apériodique en double spirale et principe vital présent dans chaque cellule de chaque être du réseau global de la vie.
ADN que l’anthropologue Jeremy Narby, suite à son travail sur l’origine hallucinatoire de l’immense savoir botanique des peuples indigènes d’Amazonie, met en correspondance avec les visions chamaniques du double Serpent ou Dragon cosmique, symbole antique quasi-universel du principe vital et autres forces naturelles que l’on retrouve par ailleurs dans une multitude de mythologies sur la planète (2).
Pour résumer brièvement, les travaux sur le chamanisme suggèrent que l’état de conscience défocalisé induit par les techniques chamaniques et les substances hallucinogènes comme l’hayahuasca jouant comme « fournisseurs d’accès » au réseau global de la vie à base d’ADN, permet l’immersion dans une réalité virtuelle noosphérique et ainsi d’entrer en méta-communication avec des entités extra-humaines, le monde invisible des essences animées de la nature qui selon l’hypothèse de Jeremy Narby pourraient être le fruit d’émissions par l’ADN de biophotons sous formes d’ondes ultra faibles à la limite du mesurable.
Ce sont des réflexions similaires que développaient déjà dans les années 60 et 70 quelques figures emblématiques de la contre-culture psychédélique américaine comme Terrence Mc Kenna et Thimoty Leary, scientifiques avant-gardistes, anti-conformistes et iconoclastes que d’aucuns considéraient alors comme les chantres et gourous du LSD et autres substances hallucinogènes avant de devenir « gourou du web » selon l’expression de Philippe Breton à propos de Thimoty Leary qui considérait l’ordinateur comme le LSD des années 90.
Mais plus que « gourou du Web », Thimoty Leary fût surtout, au cours des années 80 et 90, le chantre d'une contre-culture cyberpunk, affirmant le rôle précurseur de la « beat generation » et de l'underground américain dans l'avènement du cyberespace et de la société de l'information.
Dans son article « ordinateurs et liberté » que l’on trouve en France dans le recueil de textes "Chaos et cyberculture" (3), il écrit : « je sais que nos recherches sur les psychédéliques et la contre-culture de la drogue elle-même préparaient le terrain à l'ère du PC. C'est effectivement un brillant spécialiste du LSD, John Lilly, qui, en 1972, a écrit Programming and Meta-Programming in the Human Bio-Computer, une thèse sur le cerveau en tant que système de traitement de l'information. En désamorçant provisoirement les circuits de protection de l'esprit, les psychédéliques donnent un aperçu du fonctionnement chaotique du cerveau. Je veux parler de l'extraordinaire accélération des images, de la détérioration des perceptions analogiques, de la multiplication des programmes cérébraux incohérents. Les sept millions d'Américains ayant fait l'expérience des capacités potentielles du cerveau grâce au LSD ont sûrement préparé la voie à la société de l'informatique. »

Quoiqu’il en soit, ce qui est en jeu dans ces quelques remarques préliminaires à notre réflexion sur une « paysageologie psychogéographique de la Schizosphère postmoderne » est, vous l’aurez compris, la mise en place d’un cadre conceptuel heuristiquement efficace, d’une boîte à outils théorique pertinente pour les « artistes-chercheurs » du 21ème siècle s’intéressant notamment à l’avènement de la socialité postmoderne schizosphérique, au surgissement d’un néo-tribalisme à l’ère des réseaux de communications électroniques et de la société digitale.
La compréhension des mutations sociétales en cours ne peut évidemment se faire sans un dépassement des anciennes catégories normatives, sans l’élaboration d’un au-delà du rationalisme cartésien propre à la Modernité et son scientisme positiviste dogmatique.
Il s’agit donc de développer des expérimentations de nouvelles méthodes d’acquisition du savoir et de la connaissance, de nouveaux principes cognitifs, une nouvelle configuration qui prennent en compte le « changement de paradigme » sociétal et son « esthétique relationnelle » novatrice aboutissant inéluctablement à une « rupture épistémologique » avec l’ordre antérieur.
Les « concepts », « outils théoriques » et autres « notions » abordés ici sont, on l’a déjà dit, comme autant de logiciels, c’est-à-dire des neuro-programmes linguistiques et esthétiques, voire métaphysiques, à développer puis installer ou réinstaller dans nos neuromatrices cérébrales afin de mettre en œuvre un nouveau mode de pensée.
En l’occurrence une pensée sauvage, rhizomatique et nomade en phase avec le nouveau paradigme esthétique postmoderne conditionnant une vision du monde alternative et mutante.
La « raison sensible » intégrant l’intuition, l’instinct et les affects, la « connaissance ordinaire » faisant écho à la « pensée du ventre », au « savoir incorporé » comme à la « pensée de la place publique » proposés par M. Maffesoli à l’instar de l’herméneutique et de la phénoménologie pour penser l’émergence des nouvelles formes de la socialité contemporaine dans le cadre d’une sociologie compréhensive entrent, selon nous, en résonance avec l’idée de « pop analyse » ou de « schizo-analyse » dérivées de la proposition faite par Deleuze et Guattari de « cartographie schizo-analytique » qui est à l’image du rhizome qu’elle prend pour objet et dont elle fait finalement partie.
Ainsi pour Deleuze et Guattari, la pensée n’est pas arborescente et le cerveau lui-même avec son « réseau des réseaux » neuronaux, aurait un fonctionnement rhizomatique.
« La discontinuité des cellules, le rôle des axones, le fonctionnement des synapses, l’existence de micro-fentes synaptiques, le saut de chaque message par-dessus ces fentes, font du cerveau une multiplicité qui baigne dans son plan de consistance.. » (4)
La schizo-analyse s’apparente donc à une expansion rhizomatique de la pensée qui est aussi une anti-généalogie, le contraire d’une histoire et de sa vision linéaire.
L’histoire ayant toujours été écrite du point de vue des sédentaires au nom d’un appareil d’Etat unitaire, les auteurs en appellent donc à une « Nomadologie ».
« Les nomades ont inventé une machine de guerre contre l’appareil d’Etat. Jamais l’histoire n’a compris le nomadisme, jamais le livre n’a compris le dehors. Au cours d’une longue histoire, l’Etat a été le modèle du livre et de la pensée : le logos, le philosophe-roi, la transcendance de l’Idée, l’intériorité du concept, la république des esprits, le tribunal de la raison, les fonctionnaires de la pensée, l’homme législateur et sujet. Prétention de l’Etat à être l’image intériorisée d’un ordre du monde, et à enraciner l’homme. mais le rapport d’une machine de guerre avec le dehors, ce n’est pas un autre « modèle », c’est un agencement qui fait que la pensée devient elle-même nomade. » (5)
Pour la mettre en rapport avec les forces du dehors, pour qu’elle soit en phase avec son environnement et ainsi en prise avec le réel, avec la socialité rhizomatique et sa puissance souterraine, il faut donc faire de la pensée une « machine de guerre nomade » contre le conformisme institutionnel d’un rationalisme morbide et mortifère car réducteur, scientiste, technocratique et figé dans ses certitudes dogmatiques.(6)
« Toute pensée est déjà une tribu, le contraire d’un Etat » affirme Deleuze et Guattari pour qui, par ailleurs, les tribus ou « les meutes, les bandes sont des groupes du type rhizome, par opposition au type arborescent qui se concentre sur des organes de pouvoir. C’est pourquoi les bandes en général, même de brigandage, ou de mondanité, sont des métamorphoses d’une machine de guerre, laquelle diffère formellement de tout appareil d’Etat, ou équivalent, qui structure au contraire les sociétés centralisées. » (7)
C’est donc aussi en ce sens que l’on peut parler de la schizo-analyse comme d’une « pop analyse », une « pensée de la place publique », une « connaissance ordinaire » alimentant et s’alimentant de la « pop culture », de la culture populaire, de sa « sagesse démoniaque », de sa « pensée sauvage » et de son « quant-à-soi » méfiant vis-à-vis de toutes les formes instituées.
La « pop analyse » s’inspire donc de toutes ses créations éthiques et esthétiques, ses mythologies, ses imaginaires, ses pratiques, etc.., circulant au gré des courants, des flux et reflux chaotiques de ce bain nourricier qu’est la vie quotidienne, ce « bouillon de culture » qui est la matrice de la socialité de base.


Hypertexte et pensée rhizomatique

Cette approche nous renvoie aussi directement à l’idée d’une « pensée en réseau » en acte, entre autre, dans les milieux de la cyberculture et induite notamment par l’avènement planétaire de la technologie informatique des liens hypertextes(8).
Technologie qui a, rappelons-le, largement contribué à la popularisation de l’Internet en facilitant grandement le mode de navigation mentale dans le cyberespace.
Or, comme l’énonce Theodor Nelson, inventeur du mot, « l’hypertexte est un mode d’organisation des données et un mode de pensée. (…) Il s’agit d’un concept unifié d’idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d’ordinateur » (9)
On peut définir cette technique d’agencement comme un système d’organisation spatiale de données composé de fragments multiples interconnectés et tissés dans un réseau à l’aide d’hyperliens.
La notion d’« hyperlien » n’est pas sans rappeler celles de « micro-fentes » et de « tiges souterraines » évoquées par Deleuze et Guattari à propos du rhizome, de ses « plateaux » et « multiplicités » interconnectés.
De même Roland Barthes, en 1977, en évoquait déjà l’idée à propos de l’« intertextualité » qui est « un processus par lequel un texte est présent dans d’autres, la manière dans laquelle les textes se réfèrent perpétuellement à d’autres éléments dans l’espace de production culturelle. »
Il s’agit donc d’une architecture de l’information non-linéaire ou plutôt multilinéaire, multidimensionnelle et multidirectionnelle.
En l’occurrence une architecture baroque, fractale, invisible, hétérogène, fluide, interactive, malléable, pliable, intégrant la rupture et la discontinuité et permettant une multiplicité de parcours et de combinaisons dans un médium hybride et digital mêlant le texte, l’image et le son.
On peut donc parler ici d’une véritable « rupture épistémologique » et/ou d’un « changement de paradigme » à l’égard des formes classiques de la pensée, causes et effets des mutations sociétales contemporaines par l’incidence fondamentale qu’exerce le mode de pensée sur la structuration sociale et inversement.
L’hypertexte comme nouvelle forme discursive induit ainsi le déplacement libre du lecteur ou de l’internaute à travers différents fragments interconnectés. Ce qui constitue une variable transformant la structure figée, hiérarchique et arborescente du texte classique en une forme dynamique et multidirectionnelle.
« Le texte statique s’est transformé en une forme fluide, liquide, dans laquelle l’existence de multiples combinaisons forme une structure rhizomatique ».
Par conséquent, « L’hypertexte comme modèle d’une pensée réticulaire met en cause les formes classiques de la pensée basées sur les concepts de hiérarchie, linéarité, ordre, et transforme la perception et la conception de l’environnement »
De même le passage du texte à l’hypertexte, et donc aussi d’une technologie analogique à une technologie digitale, n’illustre-t-il pas également à merveille cette rupture épistémologique accompagnant le dépassement du paradigme cartésien et la transposition d’une société industrielle à une société postindustrielle ou encore, et surtout, de la Modernité à la socialité postmoderne et son ambiance libertaire, entropique, rhizomatique, interconnexions de tribus en réseaux.


Les tribus du rêve cybernétique

Dans ses travaux l’anthropologue Barbara Glowczewski a montré également l’existence d’une pensée réticulaire multidimensionnelle chez les tribus Aborigènes d’Australie dont le système cognitif spatialisé et la cosmogonie reposent sur une vision traditionnelle de l’univers qu’elle qualifie de « connexionniste » dans le sens où tout y est virtuellement connectable et interdépendant.
« Toute connexion entre deux éléments a des effets sur d’autres éléments du réseau. Que ce soient les hommes et les femmes, le règne animal, végétal ou minéral, la terre, le souterrain ou le ciel, l’infiniment petit et l’infiniment grand, la vie actualisée et les rêves, tout interagit. Ces connexions sont mises en œuvre par les rites, par les rêves, et par le lien spirituel et physique qui unit chaque humain à certains éléments de son environnements – lien que l’on a coutume d’appeler, en anthropologie, « totémique ». » (10)
Cette pensée traditionnelle en réseau se manifeste notamment par la perception de la mémoire comme un espace-temps virtuel et la projection de savoirs sur un réseau géographique à la fois physique et imaginaire.
Elle s’articule autour de la production de « cartes mentales » liées à l’élaboration d’« itinéraires mythiques » lors de pratiques rituelles liant chants, danses et peintures corporelles, considérées comme des « récits en performance » traitant l’information qui provient souvent également de l’interprétation des rêves.
Ce qui se joue là c’est l’émission et la réception d’informations essentielles à la survie de ces sociétés de chasseurs-cueilleurs dont les immenses territoires nécessitent la consignation de données relatives au déplacement de sites en sites et donc la cartographie cognitive sous forme, en l’occurrence, d’itinéraires reliant des lieux pensés comme les traces d’ancêtres mythiques.
La pratique onirique y joue donc un grand rôle car « tout ce que l’on voit et entend en rêve n’est qu’une remémoration d’éléments existant depuis toujours – les prototypes de traces – qui s’agencent, se connectent de manière nouvelle. Quasi infinies, les combinaisons sont toujours localisées dans des êtres éternels aux formes hybrides qui ont laissé des traces dans des lieux sacrés où ils continuent de rêver. » (11)
De même la notion de « dreaming », englobant la mythologie et ses parcours, renvoie à un espace-temps éternel - qui n’est pas sans rappeler notre cyberespace - auquel on peut se connecter par ces portails virtuels que sont les sites sacrés, les rites et donc surtout la pratique onirique.
Cette pensée en réseau de la tradition Aborigène repose sur une relativité du temps et de l’espace (support de traces donc d’informations) et sur une interprétation qui se déploie sur cinq dimensions que B. Glowczewski, résume en ces termes : la « mise à plat du temps se déchiffre comme une piste d'animal. Elle permet de redéployer le plan à deux dimensions des traces vers l’émergence en trois dimensions de l’être qui les a laissées, et qu’on peut alors nommer puis mettre en mouvement en quatre dimensions, c’est-à-dire dans un récit qui, par définition, déroule du temps. A sa manière, un bon pisteur est un maître du temps, lui qui sait déduire l’ancienneté d’un passage (…). Le temps du récit est aussi celui du chant qui avance en changeant de tempo, afin que les marcheurs mémorisent la vitesse recommandée (..) dans leur déplacement de site en site. Le sommeil fait passer dans une cinquième dimension, celle du rêve, qui permet d’expérimenter la synchronicité du mythe sous forme de condensations et d’associations dans une matrice onirique où les images et les sons se connectent sans être entravés par la linéarité du temps ou par les distances et les barrières de l’espace. » (12)
Cette « cinquième dimension » du rêve dans le système d’interprétation propre au mode de pensée des tribus Aborigènes, cette « matrice onirique » où les images et les sons, débarrassés de la linéarité du temps, des distances et barrières de l’espace, s’interconnectent avec l’imaginaire collectif, avec le mythe et ses récits, et n’est donc pas sans rappeler et nous renvoyer à « la matrice du cyberespace », et autres « noosphère » de la cyberculture.
Rappelons que cette notion de « noosphère » - ou « sphère de l’imaginaire » - a d’abord été conceptualisée dans les années 50 par le biologiste, jésuite et mystique, Teilhard de Chardin qui, dans une tentative de réconcilier science et religion, la conçoit comme une sorte de conscience collective planétaire, une immense machine à penser, un magma d’informations entourant la surface du globe comme l’atmosphère et qui est à l’intellect ce que la « biosphère est pour la vie » (13) .
Ce grand nuage immatériel serait composé de tous les inconscients humains émis par le cerveau droit et la nuit, lors du sommeil, notre cerveau droit aurait la capacité d’aller puiser dans ce magma noosphérique. Ainsi, ce que nous croyons imaginer et inventer viendrait en fait de la noosphère (14) .
La vision cosmique et la « pensée connexionniste » de Teilhard de Chardin, ses propositions de « collectivisme » et de « noosphère » exprimant le désir d’en finir avec « la séparation des humains » inspireront par la suite les théoriciens de la communications, comme le canadien Marshall Mac Luhan qui déclare que la noosphère est « le cerveau technologique de l’univers (…) la membrane technologique jetée sur l’ensemble du globe par la dilatation électronique de tous nos sens. » (15)
Mac Luhan prophétisa l’avènement d’un réseau planétaire issu des nouvelles technologies de la communication électronique formant un immense « village global » qui s’est concrétisé avec le développement de la micro-informatique, de l’Internet et du multimédia.
Teilhard de Chardin et Marshall Mac Luhan deviendront donc des références dont les écrits imprègnent et façonnent tout l'imaginaire de la cyberculture.
C’est d’ailleurs pour désigner les néo ou post-cyberpunks des années 90 que l’artiste français Yann Minh, écrivain, infographiste, vidéaste cyber, a inventé le terme « noonaute », littéralement « navigateur de l’imaginaire » (16).
Un mode de navigation mentale basé sur la technologie des hyperliens donc, et qui, comme les images et sons du rêve chez les Aborigènes, « libère le contenu de toute contrainte spatiale et temporelle » (17) .
D’ailleurs pour B. Glowczewski, « c’est parce qu’on s’est habitué à circuler sur l’Internet qu’on comprend mieux la construction, pourtant très ancienne, de la pensée en réseau chez les Aborigènes.» (18)
Il s’agit d’un effet de la rupture épistémologique impliquant un changement de paradigme que nous évoquions plus haut et qui, pour l’auteur, « concerne notamment le fonctionnement de la mémoire, ou la relation entre la matière et l’esprit, l’actuel et le virtuel.» (19)
Par ailleurs, dans une problématique proche de la « résistance électronique » désignant notamment ceux qui ont décidé de reprendre le gouvernail de leur pensée sur l’océan de l’information pour réenchanter le monde, l’expansion rhizomatique planétaire de l’Internet a permis la connexion entre ces deux modes de pensée réticulaire multidimensionnelle pour en faire une « machine de guerre » en faveur de la cause aborigène des « tribus du rêve cybernétique » (20) contre l’appareil d’Etat australien et sa logique de domination.
Ce qu’illustre les propos de B. Glowczewski qui rapporte que « la rencontre entre le mode d’organisation non linéaire des nouvelles technologies et la manière dont la pensée traditionnelle se déploie peut favoriser la transmission de ces savoirs aujourd’hui menacés : les Aborigènes ont développé de très nombreux sites Internet, dont ils se servent pour diffuser des informations sur leurs luttes politiques et juridiques et pour promouvoir leur culture. Grâce aux hyperliens, le support numérique a permis de restituer, pour un usage éducatif dans la communauté, les liens entre différents médias aborigènes : peintures corporelles, sur le sol, récits oraux, chants, danses, sites sacrés, itinéraires géographiques, rêves.» (21)
En anthropologue, l’auteur en conclu que les principes cognitifs des Aborigènes combineraient des aspects universels de la pensée, mis de côté par l’Occident durant les siècles dominés par l’écriture, et que l’avènement de l’ère de l’audiovisuel et des technologies multimédia ferait aujourd’hui de nouveau émerger.
Un des aspects universels de la pensée concernerait donc le côté « topologique des cartes mentales aborigènes projetées dans la géographie sous forme d’itinéraires reliant des lieux pensés comme des traces d’ancêtres mythiques (visible aussi dans l’art) [et qui se retrouverait] à des degrés divers dans la plupart des sociétés, y compris la nôtre aujourd’hui.» (22)
C’est pourquoi le mode de pensée en réseau des Aborigènes entre aussi directement en résonance avec les interrogations épistémologiques contemporaines sur le fonctionnement de la mémoire, les ordinateurs et l’Internet.
Ainsi donc, selon B. Glowczewski, « excepté leur vitesse de traitement des informations, les nouveaux dispositifs de communication ne reflètent rien de plus que la formidable capacité humaine à connecter entre eux données et savoirs à partir d’une mémoire inscrite dans le corps.» (23)
Et à propos de connexion, on voit bien comment l’aspect topologique des cartes mentales aborigènes et de leurs « itinéraires mythiques » renvoient à la « cartographie schizo-analytique » et à la pensée rhizomatique hypertextuelle impliquant un certain « nomadisme psychique » porteur d’une « psychotopologie du quotidien ».

Ces quelques considérations épistémologiques et méthodologiques n’ont pour d’autre but que de montrer que la Recherche implique nécessairement la question du mouvement, du déplacement, du parcours et de l’itinéraire suivi par la pensée en quête de connaissances, de savoirs, de données et informations.
Par conséquent l’adoption, plus ou moins consciente, d’un (ou plusieurs) « système de navigation » mentale dans l’infosphère schizo-matricielle formée par le réseau global de la Vie, devient elle-même nécessaire à un repérage fructueux des « flux de force » et « points de puissance », ces « points nodaux » riches en contenu heuristique car rassemblant un grand nombre de connexions.
D’une manière métaphorique, on pourrait donc voir le chercheur comme un chasseur-cueilleur initié à la traque des données et informations en suivant des pistes, dans l’optique de construire des savoirs et connaissances permettant l’accès à la compréhension.
Ce qui nécessite aussi de savoir sortir des sentiers battus et autres chemins balisés par la pensée savante et le rationalisme de la Modernité.
En ce sens, le chercheur animé par le seul désir de faire des découvertes est aussi un explorateur et un aventurier sachant prendre des risques et fuyant les lourdeurs académiques et les divers conformismes du « scientifiquement correct ».
Et ainsi, à l’image du mode de pensée interactif et évolutif induit par la technologie des hyperliens, « l’explosion combinatoire des parcours potentiels le confronte constamment à sa propre création et à son comportement affectif». (24)
Ce qui est encore à mettre en relation avec ce que dit B. Glowczewski, pour qui « la capacité de choisir son propre chemin se greffe sur une matrice de sites fixes dont certaines connexions sont donnés sous formes d’itinéraires, et d’autres restent à établir et peuvent se conjuguer entre elles à l’infini. A l’image des synapses et des neurones à l’œuvre dans le cerveau, les relations que les Aborigènes installent entre les lieux, entre les choses et entre différents niveaux d’interprétation, si elles suivent des chemins balisant des couches superposées d’une mémoire ancienne, font émerger des informations nouvelles.» (25)


Dérive psychogéographique et fractalité de la Schizosphère

Ici l’approche situationniste de l’espace urbain et en particulier la notion de « dérive psychogéographique » formulée notamment par Guy Debord (26), peut fournir un complément à l’élaboration de notre « méthodologie de recherche intuitive » basée sur le repérage et la cartographie cognitive influentielle des « points nodaux », ces nœuds d’informations qui se forment par condensation en « multiplicités interconnectées », à certains moment, dans le « rhizome schizosphérique sociétal » comme autant de tendances émergeant de la Puissance souterraine dans l’hypertexture de l’actuel et du quotidien.
Mais avant de nous attarder sur les « vagabondages initiatiques » nécessairement induit par la dérive urbaine situationniste, il faudrait au préalable s’arrêter sur la notion de « psychogéographie » qui revêt une importance toute particulière dans le cadre d’une paysageologie, c’est-à-dire d’une science des paysages en rapport avec la morphologie sociale spécifique à la postmodernité.
Ainsi donc, pour les situationnistes, la psychogéographie « est l’étude des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, sur le comportement affectif des individus. Son objectif est d’affiner les qualités de jouissance du plaisir subjectif.
La psychogéographie se présente comme la science-fiction de l’urbanisme où s’exprime la conscience poétique du voyageur-viveur qui peut y fixer l’itinéraire de son exploration. Il y détermine l’évaluation de ses découvertes et de ses émotions.» (27)
On pourra donc considérer le paysage, qu’il soit réel, naturel et artificiel, ou bien mental, virtuel, électronique et imaginaire, comme une matrice psychogéographique.
Qu’elle reflète la géométrie fractale de la nature dans toute sa splendeur ou bien le chaos hyperurbain il ne s’agira au final qu’une affaire de multiplicités d’espaces, de formes, d’ambiances, de sphères, d’atmosphères, de climats, de sites, de situations, d’affects, de flux, de courants, d’agencements, de lignes de fuite et de rupture, de fragments, d’invariance d’échelles, de plis et de surplis, de rhizomes et autres biotopes réticulaires où s’interconnectent la carte et le territoire, la schizo-analyse et la psychogéographie.
Celle-ci nous renvoie aussi directement aux thématiques des « ambiances matricielles » et du « génie du lieu qui fait lien » largement abordés par M. Maffesoli dans toute son œuvre.
La psychogéographie implique donc l’exploration, la recherche, la découverte et par conséquent un certain nomadisme au cœur du « Réseau-monde », autre manière de dire « la société en réseau ».
Un nomadisme qui est bien dans « l’air du temps » postmoderne de ce début de 21ème siècle quitte à prendre la forme d’un techno-nomadisme s’actualisant par une dérive psychogéographique dans l’hypertexture rhizomatique de l’infosphère schizo-matricielle du cyberespace.
Quoiqu’il en soit, « la dérive urbaine et l’hypertexte transposé à l’urbain ont en commun un état de stimulation induit par le déplacement à travers des fragments ; la rupture devenant un élément constitutif et productif de l’urbain. Par conséquent, l’intérêt porté à l’approche psychogéographique est fondé sur la vision d’un ensemble qui n’est plus perçu comme un élément externe et statique, mais comme un environnement qui peut être expérimenté et vécu. L’espace urbain n’est plus déterminé par sa fonctionnalité et sa cohérence spatiale, mais il est décrit comme une matrice fragmentée, de plaques hétérogènes, générant des ambiances multiples.» (28)
Cette « matrice fragmentée, de plaques hétérogènes, générant des ambiances multiples » résume bien ce qu’on entend ici par le néologisme « schizosphère » (29) qui ramène aussi à la notion d’« infosphère schizo-matricielle », toutes choses appliquées à l’ « hypertexture sociétale du réseau-monde » et renvoyant à l’idée de « fragmentation polythéiste » - dans le sens weberien d’un « polythéisme des valeurs », c’est-à-dire d’une diversité, pluralité, multiplicité de valeurs.
Fragmentation polythéiste à l’œuvre, notamment, dans le processus de tribalisation marquant l’avènement de la socialité postmoderne.

« Les tremblements de la Schizosphère »

Chose étonnante, en explorant les flots de données concernant la « Schizosphère », on retrouve ce terme notamment sous la plume du géophysicien américain Christopher Scholz, amateur de géométrie fractale, spécialiste des tremblements de terre et par conséquent de la forme et de la structure de l’écorce terrestre, autrement nommée « lithosphère », troisième élément de la biosphère.
Comme le rapporte James Gleick dans son ouvrage sur « la théorie du chaos déterministe » et son nouveau paradigme scientifique, « pour Scholz, le travail des géophysiciens consistait à décrire la surface de la Terre, cette surface dont la rencontre avec les océans forme les côtes maritimes. Mais le sommet de la croûte terrestre renferme un autre type de surfaces, les surfaces des crevasses. Les failles et fractures y sont si abondantes quelles constituent la clé de toute bonne description de l’écorce terrestre, et sont finalement plus importantes que le matériau qu’elles traversent. Elles forment un réseau en trois dimensions et engendrent ce que Scholz appelait en plaisantant la « schizosphère ». Elles contrôlent l’écoulement des fluides dans le sol – l’écoulement de l’eau, du pétrole et des gaz naturels. Elles contrôlent aussi le comportement des tremblements de terre. La compréhension des surfaces était donc capitale, mais Scholz était persuadé que sa profession se trouvait dans une impasse. Et en vérité aucun cadre n’existait.» (30)
C’est ainsi que Scholz se tourne vers les outils offerts par la géométrie fractale dont les vues pénétrantes vinrent à la rescousse des chercheurs qui étudiaient la manière dont les choses se mélangent, se divisent ou volent en éclats.
La géométrie fractale est notamment une méthode d’observation des matériaux comme les surfaces métalliques aux aspérités microscopiques, les trous et les canaux minuscules dans les roches pétrolifères poreuses ou encore les paysages disloqués des zones sismiques.
Rappelons qu’une structure fractale implique la récurrence d’un motif à l’intérieur d’un motif et cela quelque soit l’échelle d’observation
Ce qui est le cas, par exemple, des montagnes, des côtes rocheuses, des nuages, des arbres, des flocons de neiges, des vaisseaux sanguins, de l’aorte aux capillaires, des fibres nerveuses, des réseaux de neurones et du corps en général car il semble qu’une organisation fractale contrôle les structures à tous les niveaux et que celle-ci soit une caractéristique universelle de la morphogenèse.
C’est pourquoi les biologistes se tournent vers l’ADN pour en comprendre l’encodage et la réalisation.
Il semble par ailleurs que la fractalité corresponde à la véritable géométrie de la nature qui va donc conditionner la formation des paysages. C’est ainsi que notre sentiment de beauté à l’égard de ceux-ci résulterait de l’arrangement de l’ordre et du désordre tel qu’on le rencontre dans les objets naturels dont la forme correspond à des processus dynamiques qui ont pris une consistance physique.
Finalement, la fractalité est devenue synonyme d’une manière de décrire, de calculer et de penser des formes irrégulières et fragmentées, déchiquetées et disloquées.
Pourtant comme le rappelle James Gleick, « une courbe fractale implique une structure organisatrice dissimulée à l’intérieur de la complexité monstrueuse de ces formes. »
En cela elle correspond bien au nouveau paradigme esthétique postmoderne, en l’occurrence une « esthétique du chaos », une sorte de « chaosmose schizo » pour reprendre une formulation de Félix Guattari.
Ainsi du psychédélisme aux images fractales, il y a une sorte de continuum expérimental.
Ce qui est intéressant dans une optique paysageologique, c’est que les mathématiques fractales ont aussi servi au développement de logiciels informatiques de création de paysages virtuels (terrestres et extra-terrestres) incroyablement réalistes. Logiciels ayant notamment servi pour les effets spéciaux cinématographiques.
Il y a donc une structure fractale de la Schizosphère, ce réseau en trois dimensions de failles, de crevasses, de fractures et de micro-fissures formant autant de conduits et de canaux, de grottes et de souterrains.
Notre vision de la « Schizosphère » procède en réalité d’une réflexion socio-anthropologique autour de la notion de « Rhizome » que nous proposons de poser d’emblée comme le type-idéal paradigmatique de la socialité postmoderne, soit « l’hypertexture fractale du rhizome schizosphérique sociétal».
A l’instar de Deleuze et Guattari, on pourra également parler de « rhizosphère », mais ce qu’il faut alors noter, dès à présent, c’est que toutes ces terminaison en « sphère » nous renvoie aussi, d’une certaine manière, à la « sphérologie » développée par le philosophe allemand Peter Sloterdijk.
Pour celui-ci, le concept de « sphère », emprunté à la géométrie, suggère que la vie, la constitution de sphère, et la pensée sont des expressions différentes pour désigner une seule et même chose.
Cette triple association repose sur l’idée que la vie ne serait au fond qu’une affaire de forme : « la sphère est la rondeur dotée d’un intérieur, exploitée et fragmentée, que les hommes habitent dans la mesure où ils parviennent à devenir des hommes. Parce qu’habiter signifie toujours constituer des sphères, en petit comme en grand, les hommes sont les créatures qui établissent des mondes circulaires et regardent vers l’extérieur, vers l’horizon. Vivre dans des sphères, cela signifie produire la dimension dans laquelle les hommes peuvent être contenus.» (31)
Quoiqu’il en soit, la structure fractale de la Schizosphère rhizomatique (ou rhizosphère), matrice psychogéographique de la socialité postmoderne, par définition fragmentée, hétérogène, multiple et réticulaire, renvoie à « l’espace lisse » de la machine de guerre nomade se distinguant de « l’espace strié » de l’appareil d’Etat. (32)
De même, les métaphores du « rhizome » et de la « schizosphère » en s’inspirant de la botanique et de la géophysique renvoient aux puissantes forces telluriques et tectoniques de la Nature et au vitalisme dionysiaque de la « centralité souterraine », c’est-à-dire de « l’underground sociétal » animant et irriguant la socialité de base en profondeur.
Michel Maffesoli dans son article de « considérations épistémologiques sur la fractalité » met bien en évidence la complexité, la mise en jeu et l’ordonnancement des morceaux d’un monde éclaté qui crée une ambiance matricielle qui est bien dans « l’air du temps ».
A cet égard, il rappelle la notion « d’harmonie conflictuelle » et de « coïncidentia oppositorum », de « contradictoriel » à l’œuvre entre l’ordre et le désordre, c’est-à-dire aussi le rôle de « l’anomie » et de « l’effervescence » dans la structuration de tout ensemble civilisationnel.
Pour le citer, « le fractal rappelle, à bon escient qu’il est des moments où la vie n’a plus la régularité et la rationalité d’un programme politique. A ces moments, le rêve et la réalité ne font qu’un, le fantasme devient une création de l’esprit collectif et crée à son tour cet esprit matérialisé qu’est tout acte créatif. Cette création n’a pas la consistance ni la solidité que voulait lui donner l’ « homo faber » de la modernité, mais elle rappelle que, toujours et à nouveau, c’est du chaos illimité et indéfini que surgissent les formes nouvelles.» (33)

(1) John von Neumann, L’ordinateur et le cerveau, Flammarion, Champs Université, 1996.
(2)Jeremy Narby, Le Serpent Cosmique, l’ ADN et l’origine du savoir, Georg éditeur, 1995.
(3)Timothy Leary, Chaos et Cyberculture, éd. du Lézard, 1996.
(4) G. Deleuze et F. Guattari, Mille Plateaux, capitalisme et schizophrénie 2, éd. de Minuit, 1980, p.24.
(5)G. Deleuze et F. Guattari, op. cit. p. 36.
(6)Cf. G. Deleuze et F. Guattari, “traité de nomadologie: la machine de guerre”, in Mille Plateaux, op. cit.
(7) idem, p. 443
(8) Sur l’hypertexte et son mode de pensée influençant les recherches en architecture et en urbanisme voir notamment le texte “hypertexture”, www.electronicshadow.com/biographies/liquid/hprtxtu0.htm
(9)Theodor H. Nelson, Literary machines, 1981.
(10) Cf. Barbara Glowczewski, “La pensée en réseau des Aborigènes”, in Le Nouvel Observateur, hors-série n° 51, juillet/août 2003.
(11) Idem.
(12) Idem.
(13) Pierre Teilhard de Chardin, Le phénomène humain, Seuil, Paris, 1955.
(14) Voir aussi, Maxence Grugier, “Biocomputer et cybersphère”, in Cyberzone, n°3
(15) Marshall Mac Luhan, La galaxie Gutenberg, Mame, Paris, 1967, cité par P. Breton, in Le culte de l’Internet, op. cit.
(16) cf. www.yannminh.com
(17) cf. le texte “hypertexture” sur le site web www.electronicshadow.com, op.cit.
(18) Barbara Glowczewski, “La pensée en réseau des Aborigènes”, op. cit.
(19) idem
(20) cf. B. Glowczewski, “Les tribus du rêve cybernétique”, in L’Australie, ed. Autrement, 1983.
(21) idem.
(22) idem
(23) idem
(24) cf. “Hypertexture”, op. cit.
(25) B. Glowczewski, op.cit.
(26) Guy Ernest Debord, “Théorie de la dérive”, initialement publié dans la revue surréaliste belge Les lèvres nues, n° 9, décembre 1956 et dans l’Internationale Situationniste, n° 2, décembre 1958.
(27) Sergio Ghirardi, Nous n’avons pas peur des ruines, les situationnistes et notre temps, L’insomniaque, 2003. p. 34.
(28) cf. “hypertexture”, op. cit.
(29) rappelons que “schizo” vient du grec “schizein” qui signifie “fendre”.
(30) James Gleick, La théorie du chaos, vers une nouvelle science, éd. Flammarion, 1991.
(31) Peter Sloterdijk, «Sphères», tome I «Bulles», Pauvert.
(32) Sur la distinction « espace lisse » / « espace strié », Mille Plateaux, op.cit.
(33) Michel Maffesoli, « considérations épistémologiques sur la fractalité », http://www.ceaq-sorbonne.org/maffesoli/ar_fractalite.htm
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