CHERCHEURS
MYRIAM PEIGNIST

Myriam PEIGNIST

 

 

RECHERCHES :

Homo acrobaticus. L’acrobate dans tous ses états. « Corps des extrémités » et sens du toucher. Représentations et présentations des corps renversés (de haut en bas, de bas en haut, « sens dessus dessous ») : Histoire, archives, images, formes, expériences. Approche phénoménologique, imaginaire métaphorique et poétique. Corps mutants et contorsionnistes. Danseurs de corde. « Monde à l’envers ». Beauté difforme, joliesse saugrenue. Surréalisme. Volupté, érotisme et révolte sensible. D’autres recherches et écrits en cours.

2008 Docteur en sociologie (Qualifiée 2010). Thèse : « Homo Acrobaticus. Essai pour une rencontre des mots et des gestes »

Jury : Michel Maffesoli (Directeur), Bernard Andrieu, Olivier Sirost, Georges Vigarello (Avec l’accompagnement de Claude-M. Prévost, Jacques Birouste, Nancy Midol et Michel Bernard)

 

QUELQUES « PUBLICATIONS »

« Eau vécue et sens marin », in Jaques Gleyse (dir.), Revue Staps 92, Printemps 2011, 91-106.

« Corps renversé, clownerie acrobatique et utopie du monde à l’envers », in Florence Vinit (coord.) Le Clown : une utopie pour notre temps ? Les cahiers de l’idiotie N°3, Québec, 2010, pp. 23-53.

« L’homo acrobaticus » in L’acrobatie, Ed. EPS « Pour l’action », 2010, pp. 7-28, 32.

« Histoire anthropologique des danses acrobatiques », in Corps N°7, Ed. Dilecta, 2009, pp.29-44.

 « Faire cirque… », in Francine Fourmaux (dir.), Les lieux du cirque, Le Manuscrit Recherche - Université, 2008, pp.189-215

« Pour une anthropologie de l’akros  », in Cultures et Sociétés N°6. Sciences de l’Homme, Téraèdre, Avril 2008, pp. 95-101

« Démarche acrobatique », in Cahier de danse Repères, Biennale nationale du val de Marne / adage 14, octobre 2004, dossier « marcher », pp. 28-31

« L’acrobate et le lunatique », in Evelyne Ducrot, Clémentine Raineau et Nadine Ribet (Coord.), « Passages du soir. Une anthropologie du soir…» Revue d’Auvergne N° 566, Alliance universitaire d’Auvergne, décembre 2003, pp.43-58

« Inspirations acrobes », (« Raymond Roussel : acrobate jusqu’au bout des mots »), in Jérôme Dubois (coord.), L’acte d’écrire, Revue Sociétés N°81, 2003/3, pp.21-44

 

Dernières « COMMUNICATIONS »

« Les liens du feu et de l’étoile : Janet-Roussel », 8ième Colloque Pierre Janet (IPJ). Salpêtrière, service de la psychiatrie, 27-05-11

« Ce que l’extrémité d’une main fait à la vue…Le toucher au bout du regard », Journée d’étude Filmer et représenter le sensible (organisée par le LISSA Paris Est, Le CRIR Paris3), Institut national de l’histoire de l’art, INHA salle Benjamin, 14-06-10

« Contorsionnistes et hommes caoutchouc. Vers une anatomie de la subversion à travers la dislocation des corps », Séance du GRACE, Paris Descartes/CeaQ, 17-12-09


Divers :

2005-2011 : Membre du conseil d’administration de l’Institut Pierre Janet (Présidente IPJ: Isabelle Saillot)  http://pierre-janet.com

 

Résumé « Homo acrobaticus »

« Il va venir tout à l’heure des équilibristes dans des justaucorps pailletés d’une couleur inconnue, la seule qui absorbe à la fois les rayons du soleil et de la lune... » André Breton

« Parlez moi de ces femmes qui relient leurs narines à leurs talons, leur nuque à leur pubis et qui dans un bruit sourd, toujours déchirant, choisissent de s’abîmer en étoile à même la terre ». André Breton

L’acrobatie a été l’objet d’un évitement pour les savants, les universitaires et les scientifiques, un impensé des sciences humaines et sociales. Longtemps ignorée des recherches sur les représentations du corps, minorée de l’histoire de l’art, elle fait pourtant partie de l’humus quotidien, le plus tellurique et le plus inactuel. Bien qu’« acrobatie » soit un mot courant d’une apparente clarté, une mise en relief qualitative fait ressortir des contours bien plus biscornus. Le corps à l’envers « en impostures », mis en abîme « sens dessus dessous », arc-bouté et disloqué, en forme de cercle dont la tête rejoint les pieds, le corps des hommes-serpent qui pelotonnent leurs membres, sont des quidam de la recherche. Cependant l’homo acrobaticus ambigu, au corps polymorphe et enchanteur, multipliant les possibles, a toujours existé. Faisant fusionner réel et imaginaire, il laisse quelque chose en suspens, un trouble qui tient au scandale et à l’irritation, un choc de la forme humaine démontée, tout en oeuvrant à la déconstruction du concept « Corps ». Son étude implique une sensibilité pluraliste qui tourneboule les idées reçues. Le chercheur en saltimbanque déserte ainsi les confinements disciplinaires scientistes, s’écarte des ethnocentrismes désincarnés, admet l’obsolescence des  catégorisations trop faciles.

La troupe des saltimbanques, bouffons, baladins, histrions, sautriaux, circulator…a existé de tous temps. Leurs pratiques sont familières en Orient, en Chine, en Asie, en Inde, courantes chez les Gypsies, Gitans, Bohémiens, Zingari, Tsiganes, « Egyptiens », proches parents des griots…Pourtant, dans la culture occidentale, dès le Moyen âge, ils ont souvent été dénoncés à tord par les inquisiteurs qui suspectaient le « vice » à travers les corps qui se tortillaient et se déhanchaient. Du XVe au XVIIIe siècle, un verdict péjoratif assimilait les acrobates à des contrefaits, des monstres ou des possédés, envahis du « diable au corps », pactisant avec le démon dans le sabbat et la sorcellerie. Les charivaris corporels étaient alors dénigrés. De surcroît, portant offense à l’harmonie divine et à la morale des bonnes convenances, on les taxait de parasites ou de « canaille » en les reléguant au vocable de la débauche, de la charlatanerie, et biensûr de la « folie » coupable. Désaxant l’ordre anatomique canonique, les disloqués étaient aussi désordre troublant de la nature, « spécimen anatomique » ou cas « pathologiques ». Ils brouillaient les lois implacables de la culture savante et de la haute autorité médicale du XIXe siècle. Par ailleurs, curiosité occasionnelle pour la mentalité coloniale, l’exhibition acrobatique des pyramides humaines, exercices de souplesse, antipodies ou jeux d’équilibrisme, étaient le clou d’« attractions exotiques ». Cependant, en marge de la culture dominante, le rôle magique et merveilleux des acrobaties, n’a cessé de s’épancher même si ses enjeux ont été négligés.

L’histoire du « corps acrobatisé » n’existe pas. Liée à l’histoire du « cirque », elle ne s’y cantonne pas. Une telle histoire, faite de tiraillement exclue les vérités totalitaires et révèle tout autre chose que des visions injurieuses issus de croyances idéologiques normatives en mal d’imaginaire. Fidèles aux rites païens comme à l’univers rabelaisien carnavalesque, une histoire de l’acrobatie et de ses bateleurs colporte un foisonnement d’expériences en « libre circulation » : du palque de « plein vent » aux tréteaux de foire « plafonds crevés », jusqu’aux « entresorts » des baraques, de la rue à la Cour, de l’hippodrome à l’amphithéâtre, du théâtre au cirque, du gymnase au chapiteau, les pratiques acrobatiques, potentiellement concurrentes, nuancées ou fusionnantes, se diversifient progressivement. Apparaît une vaste fresque aux nominations multiples, reflétant une culture en perpétuelle évolution : Kybistétères antiques au corps nu en arc ; « acrobates au taureau » de Cnossos ; « cavaliers-acrobates » (desultores) romains ; jongleurs-tombeurs (tumbeors) des chansons de geste médiévales ; voltigeurs et saltarins de la Renaissance ; danseurs de cordes du XVIII et acrobates sur fils ; écuyers(ères) des premiers cirques ; gymnasiarques acrobates du XIX; gambilleuses de cancans et hommes caoutchouc de Music-hall ; « acrobates aérolithes » dans leurs jeux icariens et « course aux trapèzes » ; acrobaties des « boucleurs » sur bicyclettes ; monocycles qui remplacent le cheval ; équilibres sur roues, roulettes, rouleaux ; envolées sur agrès et instruments modernes ; jusqu’à nos actuels arts du cirque, jeux d’extrémités et de glisses postmodernes…Mille manières de dérouler les acrobaties, du plus loin à aujourd’hui, avec leurs rois du corps caoutchouc qui tendent un miroir déformant aux idéologies dominantes dans un vaste processus de déstabilisation : un « circus mundi » brise-carcan, à teneur créatrice et mutante, qui dépasse l’humain.

Notre « processus d’acrobatisation » des jeux corporels s’exprime selon une culture buissonnière étoilée et une socialité insurrectionnelle. En marge de l’homo hiérarchicus, le refus des corps dociles, droits et conformes tout comme le refus des rectitudes de l’esprit, joue sur les principes de renversement, de courbure, d’anamorphose, de dépravation et d’équilibrisme, un apparent désordre traduit en ordre.

Face à l’évolution cataclysmique de la culture, à la décrépitude des grands idéaux politiques ou religieux, quand les figures du chef ne font plus autorité, le corps acrobatisé donne pouvoir édificateur, émancipateur et enchanteur au corps-sujet. Dans cette immanence radicale, l’infini se vit « en chair en en os », à travers un corps sensible qui s’extrémise, incandescent, brisant les digues de l’être, provoquant une « flambée acrobatique ».

 « Aller au bout du corps », jouer l’équilibrisme, réaliser « des tours », ne correspond pas aux clichés nostalgiques du numéro d’acrobate « gros bras », « monsieur muscle » ou « casse-cou », misant sur le spectaculaire. L’acrobatie n’est donc pas un sport extrême, ni un simple divertissement, pas plus qu’un rehaut exotique, encore moins un « numéro » de cirque catégorisé dans les rengaines.

« L’acrobatie des extrémités » (de l’akros), révèle un point culminant de la corporéité, à la base d’un art de vivre qualitatif et intensif, englobant sens propre comme métaphorique. Se dégage une plasticité baroque, sinueuse, gondolée, décalée, vertigineuse, reposant sur un équilibre instable et outré. Dans un monde « détactilisé », où le toucher est devenu le parent pauvre des sens, l’acrobate entre en connaissance directe avec ce monde-ci, le sondant « à bras le corps », de façon palpable. « Violence théâtralisée » et « révolte de la vie sensible » révèlent une forte teneur créatrice.

Les enjeux d’Eros en acrobate, d’un corps affectif, sensuel, et voluptueux, marqué du sceau de l’inventivité dans la dépravation, d’une beauté difforme, d’une créativité retorse, recomposent un « monde à l’envers » (ou « envers du monde ») dionysiaque inscrit dans une anthropologie de la dissidence. Eros et Akros forment un duo d’acolytes.

De souvenir immémorial, nombre d’acrophiles, qu’ils soient sculpteurs, peintres, graveurs, philosophes, écrivains, musiciens, poètes, puis photographes et cinéastes…, se sont plus à fixer spontanément le saugrenu des corps acrobates ployés et torsadés, à décupler leur message, jusqu’à complète identification dans une silhouette de l’artiste en figure libre, inspirée d’un art de la déformation, à l’état brut. Cette connivence, marquée de « surréalité » accentue l’enjeu équilibriste d’une ligne de vie funambulesque. 

 

 

 

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