LIVRES
La tentation Bouddhiste

Le thème principal de cette Tentation Bouddhiste est celui de la souffrance, et de l'expérience dont elle fait l'objet en se donnant en partage dans les nouvelles communautés religieuses qui se développent, ici et maintenant, dans la cité moderne. C'est à partir du moment où, métaphoriquement, l'ange perd ses ailes et qu'il tombe dans la matière que commence la tragédie humaine : " je suis un dieu né des dieux, l'auteur rappelle ces vers du psaume manichéen de Tourfan, maintenant réduit à souffrir". Or les Fleurs Mystiques, ces nouvelles communautés religieuses dont le bouddhisme fait partie, s'enracinent profondément dans le terreau douloureux de cette expérience.

L'ouvrage de Pierre Le Quéau s'organise autour de deux grands moments : dans la première partie, la Chute, l'auteur s'interroge sur l'origine d'une mélancolie caractéristique de notre époque et, dans la deuxième, la Repentance, il nous montre le chemins qu'ont choisi d'emprunter les adeptes de ces Fleurs Mystiques.

Pourquoi souffrons-nous ?

Notre âme ressent cruellement la séparation d'avec les dieux, et subit par trop durement le poids des contraintes matérielles, le non sens de la réflexion quotidienne. C'est dans la ville que cette souffrance s'incarne le mieux, et l'auteur analyse cette figure paroxystique de la modernité, la ville concept qui est lieu de toutes les ruptures, et le point de cristallisation de la mélancolie post-moderne.

Dans ce cadre, le citadin contemporain peut être tenté d'entamer une démarche-retour, une métanoïa, pour reprendre une expression en vogue chez les gnostiques du commencement de l'ère chrétienne, par laquelle se produit une intégration aux sens psychologique, sociologique et anthropologique du terme.

Après une revue des différentes pratiques liturgiques qui permettent de produire cette réintégration du sujet (les différentes formes de la méditation), l'auteur met l'accent sur la pratique du récit de vie. Les groupes bouddhistes constituent en effet un espace intermédiaire, entre l'espace public et l'espace privé, où peut se redécouvrir un goût et une pratique du récit. Or le récit, serti dans le cadre communautaire, apparaît doué d'une réelle efficacité symbolique dont l'auteur montre qu'elle tient dans la dynamique interne de la narration elle-même, qui n'est pas sans rappeler celle du mythe.

Cet espace intermédiaire est redoublé, qui plus est, par une représentation du monde dans laquelle il est à nouveau fait une place de choix à un mésocosme : le monde imaginal qui "oriente" la geste quotidienne de l'adepte. L'ouvrage traite au fond de la médiation et des modalités selon lesquelles se restaure l'échange symbolique. Les communautés bouddhistes instituent un " milieu ", à la fois lieu d'indétermination et de réversibilité, qui déjoue la structure paradigmatique du principe de réalité moderne, et permet au citadin contemporain d'échapper à ses comminations, ses impositions.

Ed. DesclÈe de Brouwer
Sociologie du quotidien
CEAQ
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