INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
LE DESTIN DE L'UNIVERS
6 décembre 2006

Michel Maffesoli reçoit l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet et Aurélien Fouillet, chercheur au ceaq sur le thème : "le destin de l’univers".

 

RESUMER

C’est autour du livre de Jean-Pierre Luminet, Le destin de l’univers. Trous noirs et énergie sombre, titre évocateur et intrigant, que les Rendez-vous de l’Imaginaire ont réuni Michel Maffesoli (Professeur de sociologie à la Sorbonne et directeur du Centre sur l’Actuel et le Quotidien), Jean-Pierre Luminet (Astrophysicien) et Aurélien Fouillet (Co-Responsable du Groupe de Recherche sur les Sociologie Compréhensive et Phénoménologique du CeaQ).

Michel Maffesoli nous invite à rechercher dans les notions développées dans les sciences « dures », et ici dans l’astrophysique, des analogies « grosses » de nouveaux points de vue pour comprendre et appréhender la nouvelle socialité en gestation. C’est bien au destin de l’Univers social, que Maffesoli nous invite à réfléchir. Peut-être pourrions nous même parler de cette « rêverie travaillée » dont nous parle le Bachelard du jour, c’est-à-dire le Bachelard épistémologue. Les sciences « dures » telle que l’astrophysique, mettent à jour de nouvelles réalités ou plutôt de nouveaux points de vue sur ces réalités. La méthode que nous propose Maffesoli, celle de l’analogie, est peut être un moyen pour que les sciences humaines goûtent et explorent ces nouveaux points de vue, ces nouvelles notions, et sortent ainsi de leur perspective trop souvent positiviste et réductionniste. Prenons un exemple. La notion d’énergie sombre renvoie au fait que la majeure partie de la matière qui compose l’univers n’intéragit pas avec la lumière, et ne nous est donc pas directement observable. Cependant, cette énergie sombre interagit avec la matière visible. La majeure partie de la dynamique cosmique est donc une chose voilée. Et cela n'est pas sans rappeler le « roi souterrain », « la part d’ombre », dont nous parle Maffesoli dans ses livres. Ce roi souterrain, qui est au cœur de la dynamique sociale, au cœur de ces socialités en gestation, mais c’est un roi qu’on ne voit pas, ou pas directement.

Jean-Pierre Luminet quand à lui, nous invite à nous promener à la fois dans la physique et dans l’histoire cosmique. En effet, son livre est à la fois une somme des connaissances actuelles en astrophysique, et une histoire de l’univers, de son origine, jusqu’à son éventuelle fin. Ainsi, Luminet nous raconte cette merveilleuse histoire du devenir cosmique où se mêlent catastrophes nucléaires créatrices de matières, effondrement stellaires créateurs de trous noirs, etc. Mais l’histoire de l’astrophysicien ne s’arrête pas là. La fin de son ouvrage est d’ailleurs consacrée aux différents destins possibles de notre univers. Il y a d’un côté le big crunch, c’est-à-dire la fin de l’univers dans sa contraction, ou encore le big rip, c’est-à-dire sa fin dans un déchirement du tissu de l’espace-temps, ou peut-être un interminable va et vient entre ces deux scénarios… Ce que relève alors Michel Maffesoli est l’utilisation du terme de destin et donc la référence à l’aspect tragique du devenir de l’univers, et donc aussi de notre univers social. Il demande alors si les sciences contemporaines ne seraient pas à nouveau tournée vers une philosophie tragique comme l’a été la physique grec et surtout le monde grec ? Jean-Pierre Luminet, au travers de ce livre magnifique, nous invite donc tous à un voyage à la fois dans la connaissance (système de formation des étoiles, théories des cordes, théorie de la relativité, etc…) mais aussi à un voyage dans l’histoire cosmique.

Aurélien Fouillet nous a lui invité à nous interroger sur le lien que pouvait entretenir la science et le monde qu’elle est sensée décrire. Tout d’abord, la science, selon lui, produit le réel, c’est-à-dire qu’elle s’offre les moyens de cette description, qu’elle se donne les catégories dans lesquelles elle va façonner, tordre même, la réalité. La science n’est donc pas seulement une entreprise de description, mais bien aussi une entreprise normative en quelque sorte, ou plutôt productive. Mais ce n’est pas tout, la science est également la source de la technique, c’est-à-dire de l’outil qui nous permet de transformer le monde. A sa faculté productive vient s’ajouter alors une faculté modificatrice. Mais alors Aurélien Fouillet nous interroge sur ce que la science cherche réellement à décrire ? Si le monde est produit par la connaissance elle-même, voire transformé par cette connaissance, l’homme ne se retrouve-t-il pas face à lui-même ? Face à sa propre image ? La question du destin de l’univers ne serait-elle pas alors la question du destin de l’homme face à lui-même ? Si tel est le cas, alors le chercheur ne peut qu’approfondir ce dont nous parlions plus haut, à savoir cette « rêverie travaillée » qui le conduira à approfondir sa vision du monde et donc aussi de lui-même.

Ce Rendez-vous de l’Imaginaire, en réunissant, un Sociologue, un astrophysicien et un philosophe nous a encore montré la fécondité des échanges entres les différentes disciplines de la connaissance. Ce Rendez-Vous nous semble montrer l’intérêt créatif de tels rapprochements, et nous espérons qu’il en appellera d’autres.

  

Aurélien Fouillet

Chercheur au CeaQ

CEAQ
c/o H2M
67 bd Saint-Germain - 75005 Paris