INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
LE JEU DES APPARENCES
15 Novembre 2006

 Michel Maffesoli recevra l’historien Georges Vigarello spécialiste de l’histoire du corps et de la beauté, et  Panagiotis Christias, chercheur au Ceaq.

 

Résumé

Cette rencontre, à l’origine prévue pour la sortie de la réédition du livre « Aux creux des apparences » (sorti en janvier 2007 aux Éditions La Table Ronde), réunit autour de Michel Maffesoli, Panagiotis Christias docteur en Sociologie et George Vigarello professeur à l’Université Paris V, auteur de «Histoire de la beauté. Le corps et l’art d’embellir » (Seuil 2004) et « Histoire du corps » (Seuil 2006) en collaboration avec Alain Corbin et Jean-Jacques Courtine.

Tout d’abord, Maffesoli illustre deux idées obsédantes qui caractérisent la postmodernité : 1) l’accent mis sur la forme, axe qui permet de saisir le changement de peau ; 2) le souci du contenant.

Une des caractéristiques de l’époque est le corporéisme : le corps que l’on saigne, que l’on construit, que l’on pare ou encore le développement de la mode, de la diététique.

Dans la mode selon Maffesoli, il y a une « forme de la prise d’habit » qui génère une perte de soi dans la communauté. Le joug peut être ici illustré comme exemple de « tenir ensemble », de vivre ensemble. Il y a un sentiment d’appartenance dans les uniformes (les uniformes religieux ou encore par exemple les vêtures contemporaines comme l’Harley Horney Group) et l’homme n’est plus celui qui ce regard dans le miroir, mais celui qui brille dans le regard d’autrui. L’individu alors n’existe qu’en fonction de l’altérité ; il y a le dépassement du petit soi individuel pour accéder à un soi plus vaste (Jung), en conséquence la tribu serait un microcosme dans un macrocosme plus vaste. A partir de la réflexion sur la limite du paraître d’Heidegger dans « Grammaire et étymologie du mot être » (Seuil 2006), on pourrait réfléchir sur la peau sociale : tout comme la peau individuelle permet que le corps tienne, on comprend pour quelle raison le corps social tient.

Ce sentiment diffus c’est l’idée nietzschéenne de faire de sa propre vie une œuvre d’art. Dans le présentéisme contemporain la fin de l’individu (l’intellechi d’Aristoste, ou la capacité d’avoir sa propre fin à lui-même) est d’avoir une stature, une belle figure qui repose donc sur l’apparaître ; et dés lors : il n’y aurait d’être que dans l’apparaître.

Pour Panagiotis Christias, Michel Maffesoli, en étudiant la postmodernité comme interrègne, nous indique que c’est l’époque où le jeu apparaît comme ludique, éphémère. Et l’ouvrage « Aux creux des apparences » se révèle ainsi comme un projet philosophique à deux volets : 1) une macrosociologie qui dévoile la structure du devenir humain. 2) une étude concrète de la postmodernité au niveau microsociale ou ontologique. Dans cette postmodernité il y a le début d’un autre monde et le jeu se dévoilerait dans l’apparence. Les émotions, les sens, participent à la création d’un monde, ce sont des forces créatrices en l’homme qui transforment les objets en objets de sens, significatifs, culturels : ce que Maffesoli appelle le monde imaginale ou l’esthétique. C’est à travers l’être au monde de l’homme qu’on peut comprendre ainsi l’esthétique. Une esthétique que l’on peut également trouver dans la tribu fétichiste, une érotique postmoderne qu’illustre Elisabeth Haumont en commentant le livre de Philippe Rigault sur le mouvement fétichiste. Cette subculture, dans une ambiance visuelle et sonore de soirées privées, actualise une esthétique de la transgression à travers la tenue ou l’uniforme fétichiste en cuir, en latex, pour une manière de sentir intensive.

À l’instar de George Vigarello, on peut réfléchir sur le parcours historique de la beauté, sur la réinscription du goût dans le temps. En s’appuyant sur nombre de références historiques, culturelles et littéraires, comme la Renaissance, Balzac, Rousseau, Baudelaire, Diderot, il nous démontre comment le goût personnel, la beauté, vont s’imposer dans le temps. Il succèderait différentes dynamiques : la beauté unique, intangible - la Renaissance où la beauté est créée par un geste divin - , la mise en scène des zones corporelles du corps qui évoluent dans le temps - l’importance et la valorisation du haut ou du bas - , l’affirmation individuelle à travers le déplacement temporel de la culture occidentale - la Julie de Rousseau - , jusqu’à la manière dont se transforme la mise en scène de soi - l’artifice et la problématique de la beauté masculine et féminine, où l’homme est vu comme être du dehors et la femme comme être du dedans, c'est-à-dire l’être du décors, de l’esthétique accueillante. Dans cette dernière dynamique on s’éloigne de la nature, on mettrait en place une construction d’une beauté correspondante à une époque. C’est ici, comme le dit Vigarello, que l’imaginaire est massif : nous sommes dans une phase de construction élaborée de la beauté.

 

Fabio La Rocca

GRIS – CeaQ

 

 

CEAQ
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