INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
Le retour du baroque dans la physique contemporaine
27 mars 2003

avec Michel Maffesoli et Michel Cassé. 27/03/2003.

Dans son introduction Michel Maffesoli, nous rappelle que c’est au cours du XIXe siècle que le modèle des sciences «dures » s’impose dans les sciences humaines pour leur permettre de se poser en tant que sciences. Ainsi, il nous fait remarquer la fascination que les sciences humaines ont eus envers le paradigme weberien rationalisation/désenchantement, qui leur a permis de se détacher de la théologie, par exemple. Mais, il remarque également, qu’aujourd’hui, les sciences «dures », tel que la physique, ont introduit la métaphore, l’analogie, etc.…, comme des moyens de compréhensions, comme des instruments analytiques, tandis que les sciences humaines sont restées sur le modèle positiviste du XIXe siècle. Pour Michel Maffesoli, cette sidération positiviste entraîne l’impossibilité de comprendre l’exubérance sociétale. En effet, on assiste à un réenchantement du monde que le questionnement de Michel Cassé peut nous aider à comprendre. Michel Maffesoli nous explique alors l’usage de la métaphore du baroque dans le titre de ses rendez-vous. En se référant à des historiens de l’art, il définit le baroque comme quelque chose qui met l’accent sur le mouvement illimité, le bondissement des masses, la procédure par tâches, et qui s’oppose de fait au classicisme, au parfait, à l’achevé. Caractères qui, selon lui, sont essentielles de la postmodernité en opposition au positivisme de la connaissance. Le baroque apparaît comme un processus de structuration social et de connaissance à partir du vide. Il rappelle alors une idée de Michel Cassé, selon laquelle les choses n’existent que selon le point de vue relationnel (cf. G. Simmel).

Michel Cassé nous a montré que la nuit n’est pas noire, que le vide n’est pas vide. En effet, nous baignons, la Terre, dans un rayonnement cosmique composé de neutrinos «angéliques », qui traversent tout. Rayonnement auquel nous sommes aveugle car c’est la lumière du soleil qui a forgé notre regard. Nous sommes les frères du soleil en tant que nous sommes composés de la même matière que lui et que nous sommes issus du même nuage stellaire. Donc la nuit n’est pas noire, elle brille dans l’invisible. Le vide, lui non plus, n’est pas vide, il contient de l’énergie. C’est le vide quantique. Il existe donc une matière et une énergie noire, invisible. Cette matière et cette énergie noire, sont, dans l’histoire de l’univers, des étapes de la jeunesse. Ainsi, le vide quantique est l’origine, il possède une puissance explosive qui est à l’origine de l’univers. Ce vide a donné naissance à la lumière, qui elle-même a donné naissance à la matière et à l’antimatière. Michel Cassé nous fait alors remarquer, que nous sommes dans une bulle de champagne. Ainsi à l’origine, nous nous trouvions dans une bulle, au milieu d'un champagne pluri-cosmique. L’univers n’est plus un, c’est un champagne généralisé. Nous sommes dans une bulle causale où la cause précède l’effet, mais dans les autres bulles cela peut-être différent. Il nous parle alors de la théorie des supers corde qui est une théorie pensant l’univers à onze dimensions, ce qui est faire un bond immense dans l’imaginaire. On observe ici le retour «du charme sinueux » des valeurs esthétiques en physique. Les atomes, dans cette théorie, sont comme des violons, les spectres des partitions et les raies d’absorption comme des notes. Il nous raconte alors l’histoire de l’univers. Tout d’abord il y eut l’explosion créatrice à partir du vide quantique. Puis vient le moment de l’espace, le volume apparaît, le temps s’écoule. Ensuite l’énergie se matérialise et s’antimatérialise, puis viennent les particules élémentaires. Puis l’univers se refroidit encore et nous sommes là, c’est la structuration de l’univers. Pour conclure, Michel Cassé nous dit que la postmodernité en physique se caractérise par un changement de paradigme. Ainsi le noir n’est pas l’absence de lumière, le vide n’est pas vide, la gravitation n’est pas seulement attractive, l’univers n’est plus un, c’est un ensemble de cosmos. On assiste à une extension des concepts.

Michel Maffesoli conclut alors ces rendez-vous en rappelant le décentrage que Giordano Bruno avait effectué en parlant de pluralité des mondes, décentrage qui peut nous aider à penser la pluralité des valeurs que l’on observe aujourd’hui.

Aurélien Fouillet (CeaQ)

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