INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
L'echange impossible
04 décembre 1998

avec Jean Baudrillard / Michel Maffesoli / Léo Scheer

"Se purger des opinions". Introduisant le propos, Michel Maffesoli nous rend attentif à cette forme de pensée qui, à l'inverse de la pensée économique gérant conjointement le soi et le monde, trouve sa substance dans "la raison des choses", la raison propre. Et citant Bataille, il rappelle que "l'on est plus agi que l'on agit".
Réduire l'échange à un seul terme, et "lire une vérité à la surface des choses" (Nietzsche / Weber / Simmel), voici une posture intellectuelle qui se poserait en défaut du "deprofundisme", la recherche dans la profondeur.
Evoquant la structure de l'échange telle que la permettait la Modernité - la représentation -, Michel Maffesoli évoque une dynamique qui, à l'inverse de l'optique et de sa mise en perspective du monde, prônerait l'aptique, le toucher, et la présence a monde.

Revenant sur "le destin de l'échange", Jean Baudrillard embrasse dans cette notion toutes les formes réputées convertibles dans notre culture occidentale. Structure sémantique, structure économique, dialectique de sens. Qualifiant "d'intolérable" la dynamique de l'échange, il situe l'impossibilité au coeur même de tous ces binomes. Ainsi, c'est "l'économie en tant que telle qui est inéchangeable", et cette "insolvabilité" frappe également l'ensemble des autres systémes.
Le réel lui-mÍme se révéle inéchangeable contre les signes. "Dans le réel, tout est possible, mais sans rien signifier". Il s'agit lý d'une spéculation pure du signe.
La pensée ne s'échange contre rien. Mais, à l'instar de l'économie et du réel, "l'échangeabilité de la pensée est sa grandeur."
De même, l'espace de la régulation (et les dialectiques vrai/faux, sujet/objet) "se détraque" dit-il, et engendre "sa masse critique" au-delà de laquelle le systéme tout entier perd son équilibre.
Sur le terrain politique également Jean Baudrillard voit "une illusion", celle qui prétend établir un rapport, un échange.
Ainsi se dessinerait, au-delà du constat de faillite des structures de sens, un état de forclusion, générant ainsi "une incertitude radicale".
Ironisant sur cette constatation, Jean Baudrillard se demande "n'y a-t-il jamais eu de l'économique?"
Faut-il rechercher une issue, une solution ? Cette solution réside-t-elle dans la production d'un double, qui constituerait la caution, la garantie de l'existence du monde? Il s'agirait de la réalité virtuelle, paralléle, dont Jean Baudrillard annonce l'équation, "équivalence totale, solution finale."
Une telle production, cet espace paralléle qui n'entre jamais en contact avec le réel constituerait une "réversion sans réflexion" ? "Le virtuel nous pense, comme Internet nous pense", étrange rapport dans lequel "le corps deviendrait une fonction inutile".

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