INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
Le mystère humain
28 novembre 2001

avec Michel Maffesoli, Edgar Morin, Serge Moscovici, François L'Yvonnet, Neslon Vallejo-Gomez

Autour du dernier volume de La Méthode d'Edgar Morin : " L'humanité de l'humanité " avec Michel Maffesoli, Edgar Morin, Serge Moscovici, François L'Yvonnet et Neslon Vallejo-Gomez.

Une longue amitié et de nombreuses affinités intellectuelles lient Michel Maffesoli à Edgar Morin. Il profite de l'occasion de la publication du nouveau volume de La méthode pour " célébrer " le grand penseur. Du point de vue épistémologique, les travaux d'Edgar Morin constituent un paradigme de pensée. La rationalité complexe correspond à l'esprit du temps contemporain, où on constate que le fantasme de l'homme moderne de la maitrise absolue se retourne contre lui. Morin thématise le temps présent. Le thème de la " noosphère " rend compte de l'aspect imaginaire des sociétés humaines, véritables " machines à faire des dieux ". Le " double ", les présences fantomatiques de la collectivité, notre propre " écho ", renvoie au primum relationis, le primat de la relation dans les processus interactionnels de la vie humaine. Le retour de l'archasme, le " ressourcement de l'archè ", laisse apercevoir un monde en qu'te de ses origines, de ses racines profondes dans la nature et dans l'univers. Serge Moscovici partage dans la Méthode l'effort de trouver l'homme tel qu'il est. Elle combine la rigueur de la recherche à travers la complémentarité des champs d'étude (société, nature, connaissance) à la méditation et la sagesse de son auteur. L'immense savoir qu'elle articule et présuppose met en relief le " mystère ", qui est le mot le plus souvent utilisé dans tout l'ouvrage. L'homme fait face à des problèmes et à des mystères (Kierkegaard) : la science affronte les problèmes mais est impuissante devant les mystères. Le paradoxe se situe à l'interface des deux. La pensée, ce cheminement et cette méthode, étant elle-même vecteur de changement, démontre que l'homme n'est pas complètement rationnel. Or ceci ne signifie pas qu'il est irrationnel. Entre mythos et logos, le mystère proprement dit est, pour Morin, celui de la création. L'homme est à l'image du cosmos, à la fois créé et créant. Ainsi, est-il douée de raison, mais également de plus que la raison, car il est un mystère. François L'Yvonnet ressent un humanisme tragique dans le livre de Morin. Être embarqué dans une drôle d'aventure, telle est la condition de l'homme. L'humanisme classique étant trop " anthropomorphique ", celui des temps actuels est une tentative de décentrement. François L'Yvonnet marque trois de ses traits parmi d'autres. D'abord, il prend la forme d'un récit, d'une histoire, qui permet de reposer, poétiquement, les grandes questions, comme celle de Leibniz : " pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ". Ensuite, il reconsidère la nature de l'homme : poser la différence dans la continuité entre l'homme et l'animal. Enfin, il invite à une exploration des possibilités de l'esprit, qui implique une spiritualité revisitée. Le terme " mystère humain " interpelle Edgar Morin, dont le trajet personnel part du mystère pour retrouver le mystère. Il n'a jamais cessé d'affronter l'humain, et, à l'intérieur de celui-ci, le cosmos, en tant que l'impossibilité même : " Quelle chimère est-ce donc que l'homme ? " (Pascal, Lafuma, 131). L'homme est mal connu parce qu'il est trop connu. L'humain se disperse. On en trouve ses fragments dans les divers domaines de son activité (sciences, art, littérature, etc.), qui laissent entrevoir la facilité d'une approche complexe qui aurait pour fil conducteur le cercle : individu ‚ espèce ‚ individu. Or il y a un autre aspect, qui, dans le cheminement du mal connu au mieux connu, fait surgir le mystère, réintroduit l'inconnu dans la quête humaine. Plus la sphère du connu augmente, plus elle entre en contact avec celle de l'inconnu. Or, comment séparer la part d'inconnu qui est de l'ordre de l'énigme, que l'on élucidera éventuellement, de celle qui est de l'ordre du mystère, au-delà du concevable. Le mystère de la création, à la fois rationnelle et au-delà de la raison, est le " pari " épistémologique d'Edgar Morin, qui implique le doute, la raison et la foi.

CEAQ
c/o H2M
67 bd Saint-Germain - 75005 Paris