INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
Autour de la Part du Diable
17 octobre 2002

avec Michel Maffesoli, Serge Moscovici, Daniel Sibony, Dominique-Antoine Grisoni

Michel Maffesoli évoque par son dernier livre la dimension du mal. Il n'aspire pas à l'originalité mais plutôt au rappel de ce qui est essentiel de la vie humaine et de la société humaine. Le mal est complémentaire du bien, de tout ce qui est bien. Il est par conséquence irréductible, il fait partie de la structuration sociale. Cette simple vérité, qui se trouve en effet " dans toutes les têtes ", a une force subversive, elle correspond à la subversion d'une dénégation, celle justement de " la part du diable ". Dénier le mal cause plus de mal que l'acceptation pure et simple de la part animale de l'homme. Evacuer le mal, le canaliser, est à la fois la sagesse ancienne et la voie de la raison.

Serge Moscovici parle de " sociologie sauvage ". Tout en rappelant la dimension propre de notre culture, la concupiscence, il insiste sur le côté transgressif du mal. Le propre du mal est la transgression des règles communes. La transgression peut alors se vêtir des formes diverses. La décrire n'est pas une affaire facile. L'esthétisation du mal est toujours une menace. Parler des grands génocides de notre siècle, la Shoah ou l'extermination des Arméniens par les Turcs, même comme exemple, est trop riche en signification. Michel Maffesoli rappelle que c'est justement une culture rationnelle qui pensait avoir vaincu le mal par le comble de la philosophie, une société qui est le fruit exquis de cette philosophie, la République de Weimar, qui va échouer et laisser la place libre au carnage aveugle et aux pires instincts de l'homme. Si la question de l'étranger est constitutive de la question du mal, Serge Moscovici rappelle, pour finir, le commentaire de Bergson de la phrase fameuse de Hobbes : l'homme est un homme pour l'étranger et un dieu pour le compatriote.

Dominique Grisoni reconnaît dans la question du mal un thème obsessionnel de la pensée philosophique. Les philosophes ont toujours eu du mal à y voir clair. Ce qui frappe, c'est la diversité du mal, le polymorphisme de ses expressions. C'est pourquoi, c'est les écrivains qui se sont donnés pour tâche de décrire le mal. Face à une telle diversité, quelle est l'attitude humaine ? Le livre de Michel Maffesoli ne fait que faire ressurgir l'ancienne sagesse : tant qu'il a du mal, il faut vivre avec. Apprendre à l'accepter comme le sage Job. Il faut insérer l'inhumain dans l'humain.

Daniel Sibony remercie Michel Maffesoli de produire le cadre d'un dialogue sur un sujet urgent. Il rappelle que lui-même avait posé cette question : quelle place pour le mal ? Dans le but d'approcher ce phénomène, il propose de définir le mal comme l'irruption de l'autre dans le champ narcissique de soi, dans l'enclot corporel ou psychique : l'autre est mal. Ce qu'il retrouve dans le livre de Michel Maffesoli, c'est la tension entre bien et mal, l'entre-les-deux qui fait que le bien produit du mal et que le mal produit du bien. Le nouveau bien sera alors de reconnaître le mal, l'intégrer de nouveau là d'où il n'est jamais parti. Cette reconnaissance est aussi un pas vers l'altérité.

CEAQ
c/o H2M
67 bd Saint-Germain - 75005 Paris