INVITATIONS à L'IMAGINAIRE
LA BARBARIE

Invitation à l’Imaginaire 13 mars 2009

« La Barbarie »

 

 

avec Michel Maffesolin Jean-François Colosimo, Maria Grazia Meda, Michaël Dandrieux et Vincenzo Susca

 

 

Fondés en 1988 par Gilbert Durand et Michel Maffesoli, les Cahiers de l’imaginaire, présentés à la Fondation d'Entreprise Ricard, célèbrent leurs 20 ans dans un nouveau costume. Fidèles aux promesses originelles, à une étude patiente des mythes, des symboles et de l’imaginaire social, à une volonté de dépasser les séparations entre les secteurs de la connaissance, les Cahiers européens de l’imaginaire souhaitent aussi, fidèles à leur époque, confronter le lecteur aux différences et aux similarités des cultures et des bavardes langues d’Europe. Nos habitudes quotidiennes de voyage, d’échange et d’encadrement universitaires, de dialogue naturel avec les auteurs et les œuvres, plus que toute politique éditoriale, a rassemblé ces voix et ces travaux d’origines et de paysages variés, géographies atteignables et géographies rêvées du vieux continent. Le lecteur rencontrera dans ces pages trois types de contribution, qui correspondent à des méthodes diverses et à une sensibilité partagée. Les perplexités d’auteurs influents côtoient ainsi les intuitions de jeunes chercheurs. Avec des écritures plus indirectes, d’autres contributions, des entretiens, des récits, des contes, des photographies et des illustrations, interrogent et peuplent tout à la fois l’imaginaire.
La barbarie est le thème de ce premier numéro. Le barbare est d’abord l’autre, dont l’incompréhension provoque l’éloignement, puis l’inférieur, si démuni que le simple fait de parler de lui l’enrichit. Le barbare est celui qui borde mon pays, mon voisin, avec qui je partage peut-être une brassée de terrain, ou les habitudes que ce terrain nous a silencieusement imposées. On finit toujours par ressembler à ses ennemis : le barbare est aussi le cavalier qui m’oblige à inventer la lance. C’est celui que je ne comprends pas, et qui est peut-être déjà là, dans ma cité, dans la chambre d’à côté, parle une autre langue, enrichit ou corrompt la mienne. En italien, l’étranger est “celui qui vient de la forêt”, du repli touffu et insondable de ma ville. Nous le raisonnons pour raisonner la peur, en séparant, sur des cartes, les villes des terres incultes (où sont les lions), en honorant nos rituels calendaires de déguisement et de singeries.

Vaste thème, traité d’abord de manière générale, dans quelques pages d’ouverture où prennent la parole les "Pères fondateurs" des Cahiers. Puis de manière historique, comme figure archétypale des oppressions et des missions civilisées, comme réflexion sur le cœur d’une Europe grandissante ou gloutonne. Sous l’angle inévitable des différentes politiques ensuite, des rapports entre pouvoir et puissance, des inondations médiatiques, des spéculations égoïstes. Dans le chapitre intitulé Paysages, le lecteur trouvera certaines figures de la communication, des modes de vivre et d’habiter qui caractérisent les subjectivités barbares de notre temps. Les pratiques qui distinguent ces sensibilités ont été rassemblées dans le chapitre intitulé Formes du quotidien. Le dernier chapitre, sur la continuité des expériences et des cultures, regarde le barbare de manière plus songeuse, comme rapport à soi ou comme rapport à l’étranger, comme déguisement. Tout le long de ce parcours éditorial, nous avons tenté de cristalliser, avec les mots les moins faux, avec les formes les moins fausses, un esprit de la postmodernité dont nous nous sentons à la fois les hôtes et les observateurs.

 Vincenzo Susca

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