1998-1999 LE TRAGIQUE SOCIAL II

Pensons au tableau de Paul Klee : "Angelus Novus".

Il a fait l'objet de nombreuses interprétations. Notamment, celle de W. Benjamin qui y voyait l'expression d'une sorte de messianisme sans 'telos'. Pour lui, le messie arrive tous les jours, sa grâce se vit au présent. Un tel présentéisme se retrouve fréquemment, il souligne bien cette transcendance immanente largement vécue dans la vie de tous les jours, et qui n'as pas besoin de but extérieur et lointain pour donner le meilleur d'elle-même. L'Angelus en un envol immobile. Oiseau en mouvement vers l'avenir, avec un regard tourné vers l'arrière. Voilà bien un suspens dans l'action, une non action dynamique pouvant servir d'illustration à cet enracinement dans le présent qui, actuellement, est la marque essentielle de l'esprit du terme tragique.

Il y a bien quelque chose de divin dans l'accentuation du présent. Un divin tragique, un "divin social" (Durkheim), quelque peu cruel ne projetant pas, dans un avenir hypothétique, la solution des problèmes qui se posent aujourd'hui, mais vivant ceux-ci pour ce qu'ils sont, et par là donnant à la vie présente sont prix.

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