ARTICLES DU GREMES
Vers la définition d'un néotribalisme
Lionel Pourtau
07 décembre 2000

 1ère partie

Tribalisme, ethnisme et néotribalisme


Le terme de tribu est revendiqué par beaucoup de Sound Systems techno. Il a la légitimité de l'appropriation puisque ce sont eux-mêmes qui ont désigné de se baptiser ainsi. Pourquoi cet usage ? S'agit-il d'un sens détourné ou correspond-il aux définitions canoniques de l'ethnologie et de l'anthropologie ? On sait que des auteurs récents ont décidé de l'utiliser pour définir des phénomènes sociaux contemporains(1) de nos civilisations industrielles occidentales. Est-ce un effet de style ou peut-il se réclamer d'une légitimité épistémologique ?
Dans la littérature ethnologique, le mot tribu et ses dérivés a été peu à peu remplacé par celui d'ethnie sans que l'on remette cependant en cause le premier et sans que l'on ne donne des raisons précises pour ce remplacement. En fait, il semble que le premier soit victime d'une image un peu rétro et liée à un vocabulaire colonial. Pourtant son utilisation par les grands noms de la discipline de Schapera(2) à Godelier n'a jamais jusqu'ici été remise en question.
Pouvons-nous, dans notre cas, aussi utiliser cette deuxième terminologie pour nos tribus technoïdes ? Il faudra mener ces deux enquêtes lexico-anthropologiques de front.
Nous allons découvrir des zones de flou où les rares points de fixité sémantique servent nos intérêts.
Notre hypothèse est que le tribalisme et donc la notion d'ethnisme qui l'accompagne regroupe plusieurs phénomènes sociaux distincts :
La tribu est d'abord une construction d'origine européenne qui fut exportée afin de définir, de circonscrire des réalités communautaires nouvelles pour les explorateurs et les colons. En même temps, pour ceux à qui on l'imposa, elle s'avéra une réaction, une organisation possible pour se différencier d'un occupant, d'une altérité radicale qui pénétrait leur monde avec une rare violence. Enfin la tribu est devenue le symbole d'opposition à la logique moderne d'Etat, de nation. La tribu, c'est ce que détruit la modernité, donc c'est ce qui s'y oppose, activement ou passivement. C'est donc peut-être aussi cette structure qui, mutatis mutandis, se réactive lorsque la modernité mute, voire vacille.
Pour ceux qui se sentent victimes, menacées par une société dépersonnalisée, y compris au sein de l'occident, elle peut sembler un modèle de résistance, une forme de liberté.


I Histoire de la terminologie

1) Une invention occidentale

Tribu semblerait venir de l'indo-européen par le grec phulé qui induit une communauté de naissance. Dès la Grèce homérique (VIII ème siècle) il semblerait qu'il y ait déjà la notion d'assemblage composite :

" Sur le territoire grec anciennement habité par les Doriens, une région éléenne s'appelle Triphulia, attestant clairement la division en " 3 tribus " des 1ers habitants : Nous aurions là le pendant approximatif du latin tribus(3) ".

Dès sa naissance Rome aurait été divisé en trois groupes, les Ramnes, les Luceres et les Tities appelés les 1/3 groupes ou tribus. On ne sait si cette division était territoriale, fonctionnelle, ou ethnique.
De tribus à ethnie, il n'y a qu'un pas. Mais là aussi, l'étymologie est parlante :
Ethnie vient du grec ethnos (ethnè au pluriel) qui désigne à l'origine les peuples qui n'ont pas choisi une organisation en cité-Etat, les polis.
Selon Irving Howe, le terme d'ethnie est très pratique puisque personne ne peut le définir(4). Tous ceux qui tentent la circonscription rencontrent les mêmes faiblesses et s'entendent pour y voir une construction discutable des administrations coloniales plus motivées par des raisons politiques et idéologiques que par des interrogations scientifiques. Les pays colonisateurs ont ainsi procédé à une typologie ethnique des populations africaines. Ils ont hypostasié leur existence, en ont fait une essence permettant ainsi d'opposer la stagnance tribale de toute éternité à la dynamique des Etats-nations modernes. Mais les anthropologues ont montré que les prétendus antagonismes tribaux mis en avant par les bureaux arabes ou africains étaient le plus souvent des constructions récentes de l'histoire coloniale(5) et que ce " tribalisme "là était beaucoup plus des symptômes liés aux mécanismes exogènes de modernisation politique et économique que révélateur d'une tradition indépassable. Les tribus étaient considérées comme des germes primitifs d'Etats. Elles sous-entendaient une certaine homogénéité culturelle ou linguistique avec une souveraineté spatiale. C'est pour cela que les anglo-saxons utilisèrent le terme de " tribe ".
Ainsi le tribalisme et l'ethnisme comme faits sociaux et comme terminologie sont en grande partie des produits terminologiques de la modernité et de l'Occident.

2) Approches théoriques de l'ethnicité

Weber n'aimait pas trop le concept de tribu qu'il rattachait d'ailleurs lui aussi immédiatement à celui d'ethnie. Il avait déduit de son utilisation hébraïque et romaine qu'il s'agissait de subdivisions artificielles utilisant " le symbolisme de la communauté de sang(6) ". Pour lui la conscience tribale est une question de destin politique et non d'origine ethnique.
On peut les classer en 2 familles :
* Théories naturalistes primordialistes :
* Théorie sociobiologique : Dans ce modèle, l'ethnicité est prioritairement une question génétique et de sélection parentale. Pour Van den Berghe(7), les classifications ethniques sont des extensions des classifications parentales, les sentiments ethniques sont des extensions des sentiments parentaux. Les classifications et les sentiments ethniques sont le produit d'une force occulte voire inconsciente que constitue la lutte de nos gènes pour leur reproduction.
Aucune de ces propositions n'a jamais été démontrée. Par contre, les 2 premiers points ne sont valables qu'en cas de classification parentale basée sur la parenté biologique. Or l'anthropologie regorge d'exemples où il n'y a pas de correspondance entre parenté biologique et parenté sociale.
* Théories primordialistes non-biologiques : D'autres théories peuvent se parer de l'indiscutabilité sans passer par l'explication biologique. Pour le sociologue britannique Edward Shils. L'attachement à ce que l'on conçoit comme les liens du sang possède une signification, une force supérieure à toutes les autres. Il estime qu'il y a dans cette fidélité une forme de transcendance du même type que leurs sentiments religieux, comme des attributs sacrés(8)
Cette théorie est déjà plus intéressante mais le mysticisme et l'appel à des forces primordiales indélébiles valorisent encore sans en démontrer les mécanismes la naissance. Cependant, ce primordialisme s'enrichit chez Jack Eller et Reed Coughlan(9) de la notion " d'affectivité " qui a l'avantage de se passer d'origine sublime et ténébreuse. Pour Marco Martiniello, la faiblesse de l'ethnicité primordialiste est de permettre " d'expliquer les phénomènes sociaux et politiques mais d'échapper à toute explication(10)". Par ailleurs, rajoute-t-il, quid des ascendances mixtes ?
* Théories sociales :
* Théories objectivistes : Elles insistent sur les structures sociales et sur la particularité des contenus culturels. L'ethnicité est un outil dont les agents sociaux se servent de façon consciente, rationnelle pour leurs stratégies(11).
* Théories subjectivistes : Elles mettent en avant la dimension subjective de l'ethnicité et se focalisent sur les éléments expliquant le sentiment d'appartenance ou l'identification individuelle au groupe ethnique. Elles cherchent à répondre aux changements d'ethnicité selon l'environnement.

Les théories sociales, qui sont à l'heure actuelle les plus rigoureuses et les plus consensuelles dans l'anthropologie, sont plutôt dynamiques et surtout non substantialistes puisqu'elles voient le rapport à l'ethnicité et son utilisation par les agents.


3) Fredrik BARTH

BARTH Fredrik (né en 1928)

Cet ethnologue scandinave a tout particulièrement étudié les processus de sédentarisation chez les nomades ( Basseri de l'Iran en 1957-1958). Il ouvre la conceptualisation segmentaire aux stratégies de lutte de pouvoir et à la constitution de groupes au fondement politique.(12)
Intéressons-nous plus particulièrement aux théories sociales subjectivistes, qui centrent leur intérêt sur la construction identitaire du phénomène ethnique. Un auteur et un livre s'imposent : l'anthropologue norvégien Fredrik Barth et son célèbre ouvrage Ethnic Groups and Boundaries(13). Inspiré par des auteurs comme Shirokogoroff(14) ou Mühlmann(15), il propose de décaler notre attention de l'ethnicité en termes de groupes humains différents caractérisés par une histoire et une culture propre vers les requis pour l'émergence de distinctions ethniques dans une zone donnée :

" Les questions relatives à la constitution des groupes ethniques, et à la nature des frontières qui les séparent, n'ont pas été soumises à l'examen de façon (...) systématique. "

De plus il remet en question la nécessité de l'isolement pour le développement ou le maintien d'une ethnie.

" [Les distinctions de catégories ethniques] impliquent des processus sociaux d'inclusion ou d'incorporations par lesquelles des catégories se maintiennent, malgré des changements dans la participation et l'appartenance au cours des histoires individuelles(16). D'autre part, on découvre que des relations sociales stables, persistantes et souvent d'une importance sociale vitale perdurent de part et d'autre de telles frontières et sont fréquemment fondées précisément sur ces statuts ethniques dichotomisés. "

Barth parle des groupes ethniques comme de vaisseaux dont le contenu varie d'un système à l'autre puisqu'il se définit au contact des autres systèmes socioculturels. Il montre qu'identité culturelle et identité ethnique ne sont mouvants et supposent des redéfinitions régulières pour se différencier de ses voisins.
On retrouve l'influence des travaux d'Erving Goffman(17) et de son interactionnisme. Le commentant Martiniello dira :

" La culture n'est pas une donnée. Elle n'est pas stable. Elle est toujours en flux(18) ".

L'appartenance ethnique n'est nullement obligatoirement de naissance. Elle peut répondre à un choix individuel. L'ethnie existe au contact avec d'autres logiques sociales, elle se renforce même de ce voisinage. On choisit d'être à un moment donné d'une ethnie, par rapport à un autre groupe, une autre ethnie. La culture n'est plus seulement un élément de définition mais aussi une conséquence, une implication de la structuration des frontières entre les groupes ethniques.

Pour notre auteur, l'identité ethnique est liée à la situation sociale de celui qui s'en réclame. Il met en avant le sentiment d'appartenance partagé entre le groupe et l'individu et les marqueurs symboliques destinés à marquer le changement de territoire ethnique. Tout en la validant sur l'essentiel, Martiniello lui fait une critique, le manque de profondeur historique. Mais c'est là pourtant selon nous qu'est le point fort de cette théorie. Elle ne se réfère pas à des commencements, elle les explique.

II Les stratégies d'instrumentalisation ethnique

1) Des choix conscients

Ce sont aussi d'une certaine façon des théories sociales non substantialistes de l'ethnicité. Elles permettent d'expliquer la naissance d'expressions comme " les bandes ethniques " avec lesquelles les journalistes sensationnalistes et les politiciens " paranoïaphiles " aiment jouer. Cette ethnicité brandie dans les violences urbaines des banlieues métropolitaines n'a historiquement et culturellement rien à voir avec les sociétés traditionnelles. Ce son des acteurs politiques et sociaux neufs qui mettent en avant ce que Daniel Bell appelle une " nouvelle ethnicité(19) ". Il s'agit ici de transformer une marginalité, une déviance entre signe d'appartenance à une minorité pour bénéficier des avantages induits comme une protection ou des mécanismes de solidarité. L'ethnicité n'est plus un lien historique mais une complète invention, un artefact, une option stratégique.

On s'intègre à une ethnie artificielle (mais y en a-t-il qui ne le sont pas ?) Pour résister à une situation sociale insatisfaisante en étayant une personnalité individuelle par des liens avec un groupe estimé. Rien de neuf ici, mais cela montre à quel point les ethnies sont des constructions faites pour répondre à un souci présent.

On pénètre de plus en plus dans l'ethnisme imaginaire ou symbolique, assez similaire à celui qu'Herbert Gans(20) a observé chez les Américains aux origines européennes multiples qui se choisissent un ancêtre parmi leur arbre généalogique et décident de le majorer. Les voilà donc Italiens, Irlandais, etc.


2) Organisation sociale de la tribu

Dans une logique chronologique et évolutionniste, on distingue 4 stades, de la bande à l'Etat en passant par la tribu et la chefferie. Pour Sahlins(21), ce sont les transformations économiques qui auraient permis le passage des bandes de chasseurs-collecteurs aux tribus au moment de la révolution néolithique. Sous les concepts d'économie néolithique et de sociétés tribales, on retrouve aussi bien des sociétés d'agriculteurs sur brûlis d'Amazonie, des pasteurs nomades de la ceinture sèche d'Asie et d'Afrique que les chasseurs montés d'Amérique. Dans la grande majorité des cas, les tribus ne répondaient pas aux critères canoniques. Certaines avaient la même langue, des activités ou des coutumes différentes et vice versa. Pour Elikia M'Bokolo, beaucoup d'exemples montrent que certaines ethnies sont " des associations s'étant construites une origine mythique et un sentiment d'appartenance commune ". Ainsi des Téké du Congo, du Zaïre et du Gabon(22). Les exemples ne manquent pas pour montrer la fluidité du concept et son adaptabilité à de nombreux cas. Donc la dénomination ethnique fut avec le même bonheur appliquée à des groupes sociaux professionnels comme les commerçants ou les bijoutiers par les administrations coloniales déroutées par les mosaïques communautaires qu'elles rencontraient :
" Aujourd'hui encore, on dit par exemple que les Dioula sont des commerçants, que les Bamiléké du Cameroun sont des entrepreneurs, etc. C'est vrai mais à un détail près : les gens ne sont pas Bamiléké ou Dioula avant d'être entrepreneurs ou commerçants. C'est parce qu'ils entrent dans le réseau et en adopte la langue, les usages et la religion qu'ils méritent d'être appelés ceci ou cela(23)".

Le tribalisme induit aussi bien le nomadisme que le sédentarisme, la naissance que la stratégie. On est fait et on fait tribu autant qu'on y naît. On finit par tomber sur un très petit dénominateur commun, profondément subjectif de plus.


Pour Maurice Godelier(24), lecteur attentif de Sahlins, le tribalisme désigne un petit groupe de traits visibles de fonctionnement de nombreuses sociétés " primitives ", à savoir le caractère segmentaire des unités socio-économiques élémentaires, le caractère réel ou apparent de " groupe de parenté ".
Mais les 4 (ou 3, les 2 stades intermédiaires furent réunis dans des écrits postérieurs) stades de Sahlins sont-ils des étapes de l'Histoire en voie de modernisation téléologique ? Non. Ainsi certaines sociétés de chasseurs collecteurs d'Amérique latine sont en fait ce que Claude Lévi-Strauss appelle de " faux archaïsmes ". Ce sont d'anciennes tribus agricoles très avancées dans ce domaine qui ont été repoussées par d'autres tribus vers la forêt et ont perdu la pratique de l'agriculture.

Le passage par le stade de société tribale, même débarrassé de toute lecture biologique, évolutionniste ou même diffusionniste peut être historicisé. Mais des événements qui ont conduit à un changement de statut peuvent être suivis d'autres événements engendrant une circulation vers une autre des 4 étapes.

Réponses hypothétiques à quelques remarques probables

Le problème de la parenté : La filiation n'a aucune importance dans les technotribus. Mais il en est de même dans nombre de sociétés tribales traditionnelles. Ainsi en Mauritanie où les structures tribales sont encore fortes, la filiation passe par un ancêtre commun mythique. Au Rwanda, un Hutu ( traditionnellement agriculteur) peut être considéré comme un Tutsi (traditionnellement éleveur) s'il achète un vaste cheptel. Rien ne caractérise plus la filiation biologique que le fantasme et le symbolique. Notre hypothèse vise à montrer que la structuration en organisation n'est ni téléologique, ni irrémédiable bien qu'historicisé. On comprendra donc qu'un européen ayant grandi dans un milieu à polarisation
Un/Tout ÛIndividu/Nation
en gardera des influences comme la symbolisation des rapports de parenté. De façon générale le droit occidental va vers la valorisation des parentés sociales sur les parentés biologiques(25). Une repolarisation tribalisante au sein d'un Etat-nation absorbe ce genre d'altérations.

Le problème du relativisme d'une utilisation des termes " Tribus, tribalisme " : Cela nous semble caractéristique d'une conséquence de l'ethnocentrisme. Pour un anthropologue français ou anglais et a fortiori pour une personne assez peu intéressée par ces questions, il va de soi de qualifier de tribale l'organisation de sociétés traditionnelles comme les Torobe de Mauritanie ou les tribus saoudienne du Hedj. Pourtant les premiers sont de pauvres cultivateurs sédentaires et les secondes des nomades pasteurs enrichis par le pétrole. Il est probable qu'un Torobe ne se sentira pas plus proche d'un Hedjite que d'un technoïde anglais et vice versa. Parce que le terme est souvent péjoré, il en est de la tribu comme du barbare, c'est l'autre. La mise en définition a toujours quelque chose de diminuant. Nous avons tous une haute idée de notre pluralité et vivons mal notre mise en forme alors que celle des autres nous semble logique.
Les différences sont peut-être ici moins significatives que les rapprochements.

Avec une telle définition du tribalisme et de l'ethnisme, quelle est la différence entre une tribu et une minorité consciente d'elle-même ? : C'est un problème qui n'est pas encore réglé. Mais paradoxalement, on fera remarquer que cette excellente question, l'ethnologie se la pose aussi sur ses tribus traditionnelles. Cette faiblesse épistémologique, commune au tribalisme traditionnel et au technotribalisme est aussi un élément nous indiquant la parenté, y compris dans ses lacunes (peut-être provisoires) de la terminologie ethno-tribale. C'est en la creusant que nous espérons mettre un jour une structure sociale anhistorique relativisant la différence entre sociétés chaudes et sociétés froides.


2ème partie

La polarisation tribus-Société

Nous espérons avoir montré que la terminologie ethno-tribale peut être utilisée au-delà de son " espace ethnologique naturel". En effet rien dans ses caractéristiques ne permet de la cantonner aux sociétés froides.

Mais que l'on ne se méprenne pas sur notre démarche. Il ne s'agit pas de chercher dans l'ethnologie la protection tutélaire d'une discipline universitaire. Nous souhaitons montrer que :
1/ Une métaphore n'est pas totalement détachée de la réalité historique et des autres pratiques discursives qui l'ont précédée.
2/ Nous observons que le sens étymologique et le nôtre ont des naissances similaires. Ce sont des constructions a posteriori pour réguler des mouvements sociaux, des forces populaires de la part des instituants, tenants de l'ordre et de l'autorité.


I Un mode de réaction face à l'inconnu

1) Des conséquences de la peur

La classification exogène en tribu est l'action d'une pensée qui se veut moderne face à quelque chose qu'elle ne saisit pas bien. La classification est une est un acte de transformation de la peur. La magie, la sorcellerie qui sont des formes de rationalisation des Puissances qui échappent et qui menacent l'ont bien compris en leur temps : celui qui connaît le nom du démon ou du dragon peut le contrôler. Savoir pour mettre en lumière ce qui, dans l'ombre, est inquiétant.
La modernité a pris pour habitude de placer ce qu'elle rejette dans un âge de ténèbres ou dans l'obscurantisme. Les tribus sont du temps où le monde ou des parties du monde étaient encore " primitifs ". Un technoïde qui se voulait un peu lettré et qui s'était rebaptisé du nom très significatif de Shamael m'a dit un jour qu'il faisait l'apologie de l'ombre parce que les soleils blafards lui donnaient la migraine. Il est logique que ceux qui rejettent le monde moderne cherchent dans un passé disqualifié par ceux qu'ils disqualifient de nouvelles façons de vivre. Avant ce temps perçu comme appauvri et désenchanté, il y avait les tribus ? Et bien soit, prenons cet habillage ! Construisons des identités collectives intermédiaires entre un individu menacé de stérilité et de solitude et une universalité unitaire trop lointaine et peut-être trop éblouissante. Certes il doit y avoir ici aussi l'usage d'un mythe, celui du bon sauvage rousseauiste.


2) Exister en étant contre

Nous avons là 2 pôles : celui du tribal, de la segmentation arlequinesque, et celui de la nation du fantasme de l'unité dont la mondialisation n'est qu'un des derniers avatars. Pourquoi ce mouvement de balancier ? Pourquoi semble-t-on toujours repasser par les mêmes structures ? Parce qu'on se définit toujours contre le dernier par la pénultième. Il ne s'agit pas de répétition. On ne revient jamais en arrière dans les faits. Car les conditions, les environnements ont changé. Mais on crée du neuf par l'utilisation imaginaire de l'ancien.
- Le dominant se renforce en déplaçant l'altérité dans l'Ancien, c'est la démarche coloniale dont nous avons parlé.
- A l'intérieur des dominants, ceux qui se lassent, ceux qui ne trouvent plus satisfaction dans cette vision du monde construisent de l'altérité à l'aide de l'Ancien.
En dernier recours, l'imaginaire est peut-être un modus vivendi face à la peur du Nouveau. Lorsque l'homme sent le besoin d'aller au-delà de ce qu'il y a, " le silence de ces espaces infinis [l]'effraie(26) ". Donc il prend dans ce qu'il y avait avant. Comme sa connaissance n'en est que partielle et que ses besoins sont en partie nouveaux, il recourt à l'imaginaire pour adapter son emprunt au passé à ses usages futurs. Ainsi il y a cohésion entre le passé, le présent et le futur par l'usage éternellement renouvelé des même structures.
La construction d'une identité collective, ethnique, pour changer de réalité est aussi un moyen d'avancer vers des terres inconnues en groupe. C'est en cela que la notion barthienne de " vaisseau " nous semble utile. A partir d'une volonté individuelle d'opposition à un Ordre quelconque, on fait tribu, on fait une altérité, un collectif pour vivre non pas sa différence mais une différence. Nous établissons comme hypothèse que le fait d'être contre est premier, avant même d'être pour autre chose, une valeur, un mode de vie, etc. Pour expliquer la création tribale en tant que phénomène d'un principe de transgression volontaire et en particulier le passage de la frontière entre l'ancienne et la nouvelle organisation, nous tentons le terme d'hétérogonie. Ce monde d'engeance n'est pas suffisant pour expliquer la spécificité de la culture technotribale, cela se fera ailleurs, mais donne le pourquoi d'un détachement et le mouvement de balancier entre les 2 structures.

3) Exister en se mettant avec d'autres

L'ethnologie classique a voulu faire du tribalisme un intermédiaire entre les bandes prénéolithiques et les nations. Peut-être aujourd'hui serait-il plus adéquat d'y voir un intermédiaire entre l'individu avec sa famille nucléaire et l'Etat-nation. Les Lumières ont voulu réduire le corps social à cette simple dualité IndividuÛNation. Aujourd'hui la nation elle-même tend à se diluer sous l'effet de la mondialisation. L'homme se retrouve seul face à l'humanité tout entière. Les corps intermédiaires, les uns après les autres, ont disparu. La famille, le village, le syndicat, les partis, les internationales, tous ont éclaté sous les coups des révolutions industrielles. Le communautarisme s'est développé pour combler le vide entre les deux pôles. Remarquons qu'il a choisi des angles d'attaques où l'imagination et le fantasme ont la part belle : Les identités sexuelles ou religieuses. Mais ce lien intermédiaire qu'est la communauté ne suffit pas à couvrir tous les besoins humains de collectif. Au-delà des thématiques particulières que sont les deux citées ci-dessus, elles sont aussi d'un haut niveau d'abstraction sauf à vivre dans une logique de ghetto. Les tribus technoïdes par exemple sont des unités de petite dimension, très fortement identifiées entre elles et avec de nombreuses pratiques fusionnelles. Le néotribalisme est peut-être un microcommunautarisme.

II L'enjeu de l'autre

En cela que l'anthropologie, sous ses différentes formes, peut nous aider. Elle est une gestion de l'altérité au service du présent. Elle est un outil et un enjeu de la bipolarisation et donc de la perpétuation/régénération

1)La guerre contre l'autre

Au plan social, les tenants de la sociobiologie ont pour souci de supprimer l'altérité jugée non pas horizontalement mais verticalement comme un état inférieur, pathologique qu'il faut éradiquer comme on éradique la variole. Nul besoin de retourner à la folie hitlérienne. En 1994, Charles Murray établissait un lien entre race, intelligence et pauvreté et expliquait qu'il ne fallait pas soutenir la reproduction des pauvres (comprenez par-là l'aide sociale) sous peine de voir la moyenne de l'intelligence nationale baisser(27).
Au plan politique, elle peut être un outil de minoration de la différence comme l'utilisation de l'anthropologie par les autorités coloniales en Afrique nous l'a montré. Historiquement, le développement de l'anthropologie correspond à la période de colonisation du monde par l'Europe.
Nous utilisons le terme d'A/autre au sens lacanien du terme.
Le mot " autre " (a minuscule) représente l'autre, imaginaire, qui intervient dans la dualité, lieu de l'altérité en miroir. L'Autre (A majuscule) est un lieu symbolique (le signifiant, la loi, l'inconscient, parfois Dieu) qui détermine le sujet soit de façon extérieure à lui-même, soit de façon interne au sujet, dans sa relation au désir.
C'est ici le premier sens qui nous intéressei. Emprunté à Henri Wallon et conceptualisé en 1936, explicité en 1938 dans Les Complexes familiaux(28), il construit une théorie de l'altérité centrée sur le spectaculaire et l'imaginaire. On désigne l'autre comme un autre soi-même mais marquée par la prévalence de la relation duelle à l'image du semblable. Il faut ici rappeler l'influence de La phénoménologie de l'esprit de Hegel relue par Kojève sur Lacan. Il y a l'idée d'une dialectique de la négativité qui induit que toute reconnaissance de l'autre passe par une lutte à mort. Dans cette vision, l'autre n'a pas de réelle existence puisque le désir de l'homme se définit prioritairement comme le désir de chaque " Un " de faire reconnaître son désir de façon absolue, quitte à annuler l'autre au cours d'un processus de mise à mort.
C'est cette soft-annihilation qui est mise en œuvre dans les projets d'anthropologie coloniale ou dans la sociobiologie.

2) La société-léviathan comme altérité radicale et horresco referens

La Société, normative, est perçue un autre tout puissant et menaçant. Derrière cette perception d'une menace totalitaire se cache un mélange de l'Etat institutionnel comme principe de domination, de la nation comme principe unificateur et de la mondialisation économique, " l'horreur économique " comme principe de spoliation. C'est contre cette créature, ce nouveau Léviathan composite et plus ou moins chimérique que des personnes se définissent et cherchent à construire un mode de vie alternatif. Comme le monstre biblique, il a plusieurs têtes, celle de l'Etat policier, celle de " l'horreur économique ", fourre-tout dans lequel on trouvera les patrons, les banques, bref tout ce qui fait ressentir aux minoritaires la précarité de leur statut économique.
Cet autre est à la fois un élément de définition par la négative, " voilà ce que nous ne voulons pas être " et à la fois une figure de la mort. " Le système " est ce contre quoi certaines minorités luttent et construisent ainsi leur identité. Les minorités se veulent marginales, voient " le système " comme une menace, comme un ennemi avec lequel il faut jouer au chat et à la souris pour pouvoir vivre son originalité. Selon Hobbes, le Souverain tire sa seule légitimité de sa fonction protectrice(29). Cette fonction est jugée invertie par tous ceux qui désormais se sentent plus menacés que défendus. La Société-Etat léviathan paraît comme un charognard qui viendra les assimiler lorsqu'ils n'auront plus la force de défendre leur différence.

3) L'exemple mauritanien

La Mauritanie est un Etat créé en 1961. Elle n'a aucune légitimité étatique dans son histoire et est née de la volonté coloniale française de réunir en un seul bloc son empire d'Afrique du Nord et d'Afrique noire. Le contrôle militaire se fit contre les Regueibat, grands nomades du nord.
En 1957, on construisit à partir de rien la capitale Nouakchott. En 1960, elle a 5000 hbts et on en avait prévu 8000 en 1970. Cette année-là elle en eut 40 000 puis entre 250 000 et 600 000 en 1985 et 800 000 aujourd'hui. Au-delà des mécanismes classiques d'exode rural, se retrouvent urbanisés 2 types de tribus, sédentaires et nomades, animistes et musulmanes, noires et blanches. Les nomades ont gardé un lien fort avec leur statut précédent. Dans le " jardin " de leur maison souvent située dans un bidonville (50% de la surface de la ville), on trouve toujours la tente dressée. Et lors de certaines périodes de l'année, ils repartent au désert reprendre leur mode de vie nomade.
De 1961 à 1978, Moktar Ould Daddah tente de créer un Etat-nation sur le modèle occidental en utilisant l'arabisation et l'islamisation comme ciment social. Les moyens sont habituels, construction d'un parti-Etat, centralisation. Le multipartisme et la démocratie sont rejetés comme n'étant que le paravent du tribalisme honni par le régime. A partir du coup d'Etat militaire de 1978, les révolutions de palais, les putschs se succèdent à un rythme effréné. Face à ces désordres on observe comme moyen de pacifier et d'équilibrer les forces en puissance un regain du fait tribal(30). Un exemple, parmi d'autres, de ce que l'on nomme en Science politique la multipolarisation. Plusieurs logiques d'organisations sociales traversent un même groupe qui puise dans l'une ou dans l'autre pour résister et parfois survivre à l'écrasement, symbolique ou pas, par un pouvoir qui par souci d'efficacité veut imposer une univocité.


III Unicité et diffraction

1)Uniformisation et différenciation

Un des lieux communs, plutôt sympathique d'ailleurs, de la réflexion sur la mondialisation est la peur de l'uniformisation culturelle du monde. Cette crainte est liée à une réflexion anthropologique, peut-être un peu légère selon nous, qui voudrait que si les différentes cultures existaient et se maintenaient, c'était parce qu'elles n'avaient qu'un contact limité avec les autres. CNN, Mc Donald et les Spice Girls allaient devenir les icônes universelles d'une culture mondialisée, allégée par son besoin de fédérer.
Il faut ici relever une contradiction : Si fédérer signifie réduire ses ambitions d'exportation d'un modèle, c'est bien qu'il y a des zones du social que l'on sait propre à des catégories particulières d'appréhension de la réalité. Il ne suffit pas qu'un Saoudien regarde Friends pour qu'il soit américanisé pas plus que manger chinois signifie être ouvert d'esprit et tolérant aux autres cultures.
L'intégration planétaire à laquelle nous avons fait allusion plus haut peut entraîner tout du moins en apparence une uniformisation du monde dont l'expression " village planétaire " est un signe. Starwars, Dallas et les pokémons sont présent partout sur la planète. La mondialisation de la culture est plus précisément une occidentalisation du monde. Les exportations du Nord sont souvent des révolutions structurelles comme l'étatisation des sociétés(31) ou la libéralisation des échanges économiques. Les exportations du Sud tiennent le plus souvent de la recherche d'exotisme. On prend au Nord en pensant toucher à l'universel. On prend au Sud en cherchant de l'altérité bon marché. C'est ce que fait plus ou moins maladroitement les groupes de Nord qui s'approprient des concepts qu'ils jugent du Sud comme le tribalisme.

2)La saturation de l'épistémé vs la destruction créatrice

Mais il ne suffit pas qu'une nouvelle génération clame sa volonté de renverser pour que cela arrive. Les sociétés possède un pouvoir de conservation extrêmement grand. Si cela arrive à certaines époques et dans certaines aires, c'est que l'épistémé du temps a atteint sa capacité d'absorption du nouveau et que l'on doit passer à la suivante. Ainsi du passage de l'âge médiéval à l'âge classique(32). La volonté et la capacité de purification arrivées à leurs termes, la construction sociale de la réalité bascule dans une autre épistémé. Mais il est probable que chaque génération a eu cette sensation sans que cela soit vrai à chaque fois. Les fils veulent toujours amener la révolution sur la terre des pères mais une fois passée le difficile passage de l'adolescence, ils s'installent confortablement dans la fonction de leurs aînés. Il semble bien délicat de faire la différence entre les deux.
La différenciation peut être une conséquence de la résistance à la domination. Tout système atteignant une position dominante devient normatif. Tout système normatif génère une opposition composée des éléments les moins intégrés au dit système(33). Il y a une capillarité des contre-pouvoirs. Que des cultures et des civilisations puissent être abrasées, cela est concevable. Mais de la zone " pacifiée " par le modèle dominant naîtront des hétérodoxies nouvelles issues des évolutions psychologiques, technologiques ou sociales. Les maîtres du siècle ne sont maîtres que d'un siècle. Parce que leur domination est la conjonction de facteurs économiques, sociaux ou politiques particuliers, lorsque ces données changeront les colosses révéleront leurs pieds toujours faits d'argile. Qui aurait pu penser au début du XVème siècle que quelque chose pourrait remettre en cause la domination de l'Eglise sur l'Europe ? Obsédée par une volonté d'unité, " afin que le christianisme demeure la tunique sans couture du christ", "elle a anéanti l'hérésie cathare au XIIIème siècle, le hussisme au XIVème mais ne pourra empêcher le développement du protestantisme au XVIème. " La circulation de biens culturels à l'échelle mondiale est un fait de communication(34) ". En entrant en communication, les cultures mutent et l'uniformisation est mise en échec.

3) Co-naissance de la culture et de l'identité

L'affirmation identitaire va de pair avec une construction idéologique et des processus de différentiation culturelle. La culture est en partie une conséquence de l'autonomisation d'une identité et du marquage des frontières qui avec. Il faut donc mener de front l'étude des constructions sociales et des productions culturelles. Selon Nagel(35), elles sont de plus autant créées de l'intérieur que de l'extérieur. L'unité de l'homme, de sa psychologie, de sa biologie, diffracte sur son histoire, sa culture.
" Autre usage de l'histoire : la dissociation de notre identité. Car cette identité bien faible pourtant, que nous essayons d'assurer et d'assembler sous un masque, n'est elle-même qu'une parodie : le pluriel l'habite, des âmes innombrables s'y disputent ; les systèmes s'entrecroisent et se dominent les unes les autres(36) ".
Mais les structures qui le sous-tendent ramènent l'homme par ses réactions sur des chemins qui ne sont jamais créés ex nihilo. Au-delà de l'écume, certes souvent riche en informations, il y a les systèmes de systèmes, une architectonique dynamique. La culture est une dialectique entre facteurs de permanence et éléments de création. L'identité n'est pas seulement une résistance, un invariant. La même perception de la réalité, parce qu'elle ne perçoit jamais la même réalité, mouvante par nature, engendre un regard toujours neuf .Il peut être un moment de création. L'historien de la révolution Michel Vovelle juge ainsi " que l'histoire des mentalités ne se confond pas uniquement avec l'histoire des résistances, comme inerties ou temps de latence, mais qu'il existe aussi une réelle possibilité de mutations brusques, de créativité à chaud, d'époques ou de moments où se cristallise brutalement une sensibilité nouvelle(37) ".
Avec quoi moderniserait-on si ce n'est avec ce que l'on est, avec ce que l'on a ?


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L'anthropologie fut aussi perçue comme outils d'enrichissement de soi par des gens comme Mauss, Corbin ou Lévi-Strauss. Marcel Mauss par exemple fut un grand anthropologue, et ce sans quitter l'Europe. Il avait saisi et valorisa ce rapport à l'autre dont l'Europe ne pouvait que bénéficier. Il fut peut-être un des premiers anthropologues à sortir de l'évolutionnisme. Gilbert Durand raconte(38) comment il a participé avec Mircéa Eliade et Henry Corbin aux Rencontres d'Eranos pour travailler sur une anthropologie valorisant " l'imagination symbolique ". L'anthropologie est la discipline qui, pour citer Lévi-Strauss nous a permis de nous apercevoir que " l'homme a toujours pensé aussi bien ".
Cette discipline est toujours face à l'imaginaire car on ne peut saisir l'altérité tel quel. L'inconnu s'apprivoise par l'imaginaire : pour rendre accessible et sensible ce qui arrive grâce à une spéculation, un travail, une extrapolation de ce qui est et a été.
L'édification de son histoire et de sa culture est un enjeu majeur pour un collectif. La définition passe par un travail de délimitation, de morale, de précision. Mais que peut-il en être d'un groupe à la fois neuf et qui n'a pas pour objectif de durer ? Comment l'éphémère peut-il se justifier par autre chose que son existence, hic et nunc ?
L'utilisation des outils anthropologiques pour les communautés émergeantes de l'hémisphère nord est un enjeu, tout autant pour ces sujets que pour cette science qui cherche à sortir de sa spécialisation sur un lointain agonisant.
Les technoïdes se rattachent à un tribalisme qui n'a jamais existé. Les administrations coloniales ont défini un tribalisme qui n'a jamais existé. Au niveau des effets, cela n'a pas grande importance. " Quand les hommes définissent des situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences(39) ".
Le tribalisme peut se signaler sous de multiples avatars. Il est donc un archétype, une figure connue pour gérer des conditions partiellement inconnues.

Lionel Pourtau
lionel.pourtau@free.fr
http://www.univ-paris5.fr/ceaq

NOTES

(1) M.MAFFESOLI, Le temps des tribus, Livre de Poche, 1991
(2) SCHAPERA, Government and politic in tribal society, Londres, Watts, 1956
(3) BENVENISTE E., Le vocabulaire des institutions indo-européennes, T1, Minuit, 1969 pp 255-259
(4) Cité par W. Sollors in W.SOLLORS, Beyond Ethnicity, Consent and Descent in American Culture, Oxford, Oxford University Press, 1986
(5) AMSELLE J.-L. et M'BOKOLO E., Au cœur de l'ethnie. Ethnies, tribalisme et Etat en Afrique, Paris, La Découverte, 1985.
(6) WEBER M. Economie et société T2, Pocket, 1995
(7) Van den BERGHE P., The ethnic phenomenom, New York, Elsevier, 1981
(8) SHILS E., Primordial, personal sacred and civil ties, British Journal of Sociology, 8, 2, 1957, 130-145
(9) ELLER J.D. et COUGHLAN R.M., The poverty of primordialism, Ethnic and Racial Studies, 16, 2, 1993, 183-202.
(10) MARTINIELLO M., L'ethnicité dans les sciences sociales, PUF, 1995, p37
(11) EISINGER P., Ethnicity as a strategic option : An emerging view, Public Administration Review, 1, 1978, 89-93
(12) BARTH F. Nomads of South Persia, Londres 1961
(13) BARTH F. (Dir), Ethnic Group and boundaries : The social organization of culture differences, London and Oslo, Allen & Unwin & Forgalet, 1969. Le texte introductif est traduit sous le titre Les groupes ethniques et leurs frontières in POUTIGNAT P. & STREIFF-FENART J., Théories de l'ethnicité, PUF, 1995.
(14) SHIROKOGOROFF S.M., Ethnical unit and milieu, Shangai, 1924
(15) MÜHLMANN W.E., Rassen, Ethnien, Kulturen, Neuwied, Luchterhand, 1964
(16) Il existe de nombreuses théories sur le choix rationnel ethnique :
- BANTON M., Racial and ethnic competition, Cambridge university press, 1983
- HECHTER M., A theory of ethnic collective action, International migration review, 16,2 1984, 412-434
Elles ont toutes la faiblesse de ne pas expliquer la pérennité des actions où le ratio coût/avantage est défavorable à l'individu.
(17) En particulier : GOFFMAN E., Stigmate, Minuit, 1975
(18) MARTINIELLO M. op. cit., p49
(19) In GLAZER N. & MYNIHAN D.P., Ethnicity. Theory and experience, Harvard university press, 1976
(20) GANS H., Symbolic ethnicity : the future of ethnic groups and cultures in America, Ethnic and racial studies, 2, 2, 1979, 1-20
(21) SAHLINS M., Tribesmen, Prentice Hall, 1968, p20
(22) M'BOKOLO E., Les ethnies existent-elles ? in RUANO-BORBALAN J.-C. (Dir), L'identité, Editions Sciences Humaines, 1998, p322
(23) Ibid, p323
(24) GODELIER M. Horizon, Maspero, 1977, p220
(25) FINE A., Parenté : liens de sang et liens de cœur, Sciences humaines, 12/98
et FINE A., Adoptions, ethnologie des parentés choisies, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1998
(26) PASCAL B, Pensées, GF, 1993.
(27) MURRAY C. and HERNSTEIN R., The bell curve : Intelligence and Class structure in american life, New York, The Free Press, 1994
(28) LACAN J., Les complexes familiaux dans la formation de l'individu, Paris, Navarin, 1984
(29) HOBBES T., Léviathan, Gallimard, p341
(30) MARCHESIN P., Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie, Karthala, 1992
(31) BADIE B, L'Etat importé, Fayard, 1992
(32) FOUCAULT M., Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard, 1972
(33) FORSE Michel, L'ordre improbable, PUF, 1989
(34) WARNIER J.-P., La mondialisation de la culture, La découverte, 2000, p95
(35) NAGEL J. Constructing ethnicity : Creating and recreating ethnic identity and culture, Social Problems, 41,1, 1994, 152-176
(36) FOUCAULT M., Ibid.
(37) VOVELLE M., Idéologies et mentalités, Maspéro, 1982, p261
(38) DURAND G., Introduction à la mythodologie, LdP, 1996
(39) Formule avancée par le sociologue W. Thomas et baptisé théorème de Thomas par R.K. Merton dans Eléments de théorie et de méthode sociologiques, Armand Colin, 1997
i Le second nous servira aussi mais bien plus tard dans notre réflexion, quand nous aborderons les aspects psychologiques et cliniques de la coalescence qui fait partiellement fusionner un individu dans la tribu.


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